Macaron

Navigateurs Aériens et DENAE

de l'Aéronautique Navale

Pinguin

Guy Dargaud

(1929-2019)

DargaudGuy Dargaud naît en 1929 à Paray-le-Monial en Saône-et-Loire. Il s'engage dans la Marine Nationale le 1 janvier 1949 à l'âge de 20 ans pour une durée de 3 ans. Il a le matricule 6095-T-49 transformé plus tard en 0549.6095.

Après trois mois de classes à Hourtin, il part pour Rochefort suivre le cours de mécanicien moteurs avions. Titulaire du brevet élémentaire de sa spécialité en 1950, il décide de quitter la métropole et choisit une affection à l'escadrille 32S sur la BAN de Karouba (Bizerte) en Tunisie.

BE-MECAE

 

 

 

 

 

A Karouba, Guy continue son apprentissage mais est très vite attiré par la spécialité de pilote à laquelle il postule en janvier 1951. Il n'est pas retenu mais ne laisse pas tomber l'idée de voler un jour.

Il est affecté en avril 1951 à la BAN de Hyères et c'est à cette époque qu'il sollicite l'admission au premier cours de navigateur aérien ouvert par L'OTAN à Winnipeg au Canada. Cette fois, il est prit grâce à un petit coup de pouce du destin ! En effet, Guy est absent au test d'anglais, l'épreuve principale servant de base à la sélection.

Il rejoint l'ensemble des heureux élus à Hourtin pour rallier Paris, puis le Havre pour embarquer avec ses camarades sur le paquebot Liberté à destination de New-York. Ce sera l'occasion de faire quelques photos sur le quai de la gare d'Austerlitz. Ils sont 10 marins dont 1 aspirant et un second-maître :
ASP Bachelot, Criquet, Dargaud, Deloye, SM Dubroca, Le Hyaric, Lienhart, Nouvel, Poulain, Vesnat.

Austerlitz
Arrivée
Départ de la gare d'Austerlitz
Réception à la gare de Winnipeg

A l'arrivée, les élèves, issus de la Marine et de l'Armée de l'air, et originaires du Canada, d'Angleterre, du Pays de Galles, de Belgique, du Danemark et de France sont répartis en deux promotions, la 24WA et la 24WB. Le cours débute en décembre au tout début de l'hiver. Les conditions météorologiques demanderont aux pilotes et aux navigateurs une adaptation permanente.

Le dortoir
Le premier vol
Le dortoir
1er vol en janvier 1952

Guy effectue environ 150 heures de vol dont 51 de nuit sur Beechcraft - Expeditor. (voir carnet de vol en bas de page)

Beecraft

Au poste na
En place au poste de copilote peut-être pour un vol topo
Guy au poste de navigateur

Le cours prend fin en septembre 1952 avec une remise de diplôme à la hauteur du cérémonial anglosaxon.

Dargaud
Diplôme
Remise de l'insigne de navigateur aérien
Certificat de navigateur aérien

Diplôme

Les week-ends furent l'objet de nombreuses balades autour de Winnipeg. Toutes ne furent pas de tout repos...

Dargaud
Accident

A l'issue du cours, Guy Dargaud est affecté à la BAN de Port-Lyautey au Maroc à la Flottille 2F.

Il se marie le 7 novembre 1953 avec Andrée Reguis dont il aura 3 enfants :
- des jumelles Marie-Françoise et Marie-Christine en 1954 ;
- et Pascale en 1955.

En octobre 1954 il est admis au cours du brevet supérieur de navigateur aérien [1954-BS] qu'il obtient le 20 février 1955 et choisit comme affectation le CPAN Saint-Raphaël où il sera instructeur.

Brevet supérieur

Médaille militaireJuste récompense de son travail, il est admit au Cadre de Maistrance en 1957. En 1958, il rejoint la flottille 6F puis la 4F en 1959, toutes deux situées à Hyères.

En 1961, il est affecté à la flottille 27F à Dakar - Bel air. Il est décoré de la médaille militaire en 1962. Enfin, en 1963, c'est le retour en métropole pour la 6F à Nîmes-Garons jusqu'à son départ de la Marine.

Il prend sa retraite au grade de maître-principal le 1 juillet 1965 après 16 ans 5 mois 28 jours de service. Il totalise 2458 heures de vol dont 327 de nuit, 60 catapultages et un appontage.

Guy Dargaud n'a jamais complètement quitté l'aéronavale. Il intègre la réserve dès son départ dans le civil et effectue des périodes régulières jusqu'à la limite d'âge en 1986 et avec le grade d'enseigne de vaisseau de 1ere classe.

Remise de la médaille militaire

Ligne noire

Guy avait une belle plume et s'en servait pour raconter à sa famille les bons moments et ceux plus difficiles de sa formation au Canada et de ses débuts dans l'aéronavale.

Grâce à lui, on se rend compte que l'intégration au retour de Winnipeg ne s'est pas faite sans difficultés. Etait-ce une forme de jalousie ? Pourtant parmi les plus durs, on trouve des pilotes formés en Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale.

Certains de ses camarades furent employés comme contrôleurs aériens au motif sans doute qu'ils étaient maintenant bilingues.

Ils furent à leur manière des aventuriers et nous leur devons admiration et reconnaissance.

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Hourtin le 22/10/1951

Ma petite maman chérie

Me voici, de nouveau après presque 3 ans, réinstallé à Hourtin. J'ai repassé par Lyon hier où je n'ai fait que m'arrêter pour y laisser mon vélo. Et je suis arrivé hier soir tard. Le camp n'a presque pas changé, à part que tout est Marine maintenant excepté les élèves navigateurs et pilotes en stage. Nous sommes arrivés 3 ensemble. Nous avons passé devant le commandant tout à l'heure. Nous allons donc faire de l'Anglais et nous partirons en novembre. C'est épatant. Nous sommes bien tranquilles pour travailler. Pas de service, pas de corvées. Comme futurs navigateurs, nous sommes que 5 anciens en service, les 8 autres sont des "types calés" qui viennent de s'engager. Et nous avons priorité sur eux pour le départ. A Hyères, tout s'est bien passé. On m'attendait pour m'expédier rapidement et en effet ça a été rapide. Enfin, j'ai pu tout récupérer et me voilà. La famille Challande était désolée du changement de décor. Enfin, espérons que ce ne sera que partie remise. Mais je crois que nous ne moisiront pas longtemps ici. Je ne sais donc pas si je pourrai aller à Rochefort ni même retourner à Lyon, enfin je te tiendrai au courant. Ma petite maman à bientôt une lettre. Je vous embrasse bien fort toutes deux.

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Hourtin le 29/10/1951

Ma chère petite maman

Bien sûr que j'aurais du écrire ma dernière lettre plus tôt mais je t'assure que j'ai tellement été bousculé. On m'a fait presser et puis total, je n'étais pas en retard du tout. En tout cas si retard il y avait eu, il serait largement rattrapé car nous nous payons quelque chose comme Anglais. C'est épatant, notre prof est un sous-officier des F.F.L.. Il est resté 4 ans en Angleterre et parle à la perfection, alors pour la prononciation c'est idéal. Bien sûr les "calés" savent bien l'anglais, mais pour prononcer ils ont autant à apprendre que nous et ce n'est pas peu dire. En effet, pour le départ, tout serait bien avancé. Nous auront certainement quelques jours de perm courant novembre et départ fin du mois. C'est épatant ! Plus tôt nous partirons, plus tôt nous rentrerons. Pour ma vareuse ce n'est pas la peine, ça ira comme cela. Je suis bien content du colis, du reste il aurait été bien difficile pour le contraire. J'ai eu le plaisir de retrouver mon ancien aumônier, il est à Bordeaux maintenant mais vient quand même au C.F.M. les lundi et jeudi, le dimanche c'est le curé d'Hourtin. Jeudi, comme il y a trois ans, messe de communion à 21h15, c'est très impressionnant. Je vous embrasse bien fort toutes deux.

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Winnipeg le 05/09/1952

Ma petite maman chérie

Ça y est c'est fini et j'ai réussi. Je suis quand même bien content : j'ose à peine y croire cependant. Nous avons eu nos note tout à l'heure. J'ai 752 sur 1000 pour les notes de vol et 630 pour les notes au sol. C'est juste bien sûr : à la fin c'était à l'arrachée. Je vais biens remercier le "petit Jésus" et toi aussi car je sais que tu as tant prié pour moi ma chère maman. Il y a un seul recalé sur 48, c'est un marin qui avait pourtant tenu jusqu'au bout, pauvre gars. Au fait ma chère maman, je reçois ta lettre à l'instant. Merci bien pour les deux billets, tu vois il n'y avait rien à craindre. Non, je t'assure, je ne réalise pas encore que c'est arrivé... c'est quand même épatant de pouvoir tout relâcher, plus de souci d'un prochain examen ou d'un prochain test, toujours à surveiller une moyenne à niveau ondulant.

Enfin bientôt le retour et de cela il en restera de belles ailes, un merveilleux voyage, et par dessus tout une grande reconnaissance en Dieu qui a tout fait et qui voulait qu'il en soit ainsi.

Maintenant nous allons avoir un "dur" moment à passer. Ce soir c'est le vin d'honneur où nous invitons nos instructeurs et officiers. Demain soir bal de la graduation. Dimanche invitation à St-Boniface et il en sera ainsi tous les soirs de la semaine : les adieux à faire chez toutes les connaissances. Vendredi graduation en grande pompe en soirée, dîner et samedi soir soirée avec les "consuls", juste les amis habituels. Et enfin dimanche dernière journée chez les ? et départ à 20h.. pour Montréal après. Mais le bateau est le 24 c'est sûr, donc Paris je pense le 30.

A bientôt ma petite maman. Je t'écrirai bientôt et j'arrive . Gros baisers à toutes deux.

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Winnipeg le 14/09/1952

Ma petite maman chérie

Je ne sais plus quand je t'ai écrit pour la dernière fois, depuis 10 jours nous vivons comme des fous. Après avoir fini le cours le 5 nous nous croyions passer une petite semaine tranquille. Pas question, une semaine de répétition nous attendait avant la graduation. Toutes les journées et jeudi soir jusqu'à 2 heures du matin pour le cinéma. Il fallait que ce soit parfait : cela l'a été, mais à quel prix ! nous étions morts de fatigue. La graduation a été magnifique. On en aurait presque pleuré comme des gosses. Il y avait plus de 2000 personnes et un tas d'officiels : officiers, consuls, gouverneur, ministres. Et devant tout ce monde là c'est un Français (le second-maître) qui a eu le diplôme d'honneur de premier de la promo (sur 46), pendant que se jouait une musique française [SM Robert Dubroca]. Tu aurais entendu la foule hurler... c'était formidable. Et après pendant la remise des ailes, plus que les autres, chaque Français a été applaudi à en couvrir la musique, alors que d'habitude ici on frappe juste quelques coups dans les mains. Les Anglais qui se croient si supérieurs à tout le monde étaient très effacés ce soir là. Avec la fatigue des jours précédés il y avait de quoi en tomber raide d'émotion. L'Air Marshall qui nous avait remis nos ailes a dit : Il n'a aura toujours que la France pour monter qu'impossible n'existe pas... Il a dit aussi à la foule qui venait de voir les résultats ce que cela représentait de travail, les difficultés (langue par exemple), que 4 Français seulement sur 24 avaient loupé le cours et 3 Anglais sur 20 et 1 Danois sur 7, qui eux avaient la langue !. "Ce n'est pas une graduation que je préside, c'est un tout de force devant lequel je m'extasie. Et lorsqu'à la fin nous avons défilé devant les tribunes, en deux longues lignes, précédés de nos drapeaux et suivis des troupes en armes, il est descendu de l'estrade, a commandé l'arrêt, a fait passer notre drapeau le premier et nous a fait mettre autour. Puis il est resté au milieu du hangar et s'est découvert au lieu de saluer militairement. Tu aurais entendu la foule à ce moment. Il parait que tous ceux qui étaient Français de plus ou moins loin pleuraient, les hommes surtout.

Et c'est fini. Nous avons enfin pu nous reposer dans le train. Depuis hier soir, tout le monde était à plat, ne tenant plus que sur les nerfs. Tous nos amis canadiens nous ont fait des adieux inoubliables. Ils étaient tous à la gare hier au soir et il y a eu encore des pleurs. Ils désirent tous tellement aller en France et il n'y a eu que des au revoir. Une telle aventure qui se termine, qui a eu de mauvais jours, très durs parfois, mais qui nous laissera un souvenir unique. Que je n'entende jamais quelqu'un me dire qu'il a honte de la France maintenant que je sais ce qu'elle représente à l'étranger. Nous voilà donc en route pour Montréal où nous allons nous arrêter quelques jours pour être à New-York le 24 pour le bateau. Je vais aller dormir car je n'ai encore pas tout récupérer. Je voudrais bien avoir la veine des Anglais qui la nuit prochaine seront chez eux en avion. Je suis bien content ma tite maman car je sais que ce résultat te fait plaisir.

A bientôt, gros gros baisers à toutes deux.

PS : au fait je termine 35 sur 46 avec une moyenne générale de 69/100 (il fallait 60) et il y a des Anglais derrière moi ! Merci à Dieu.

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Port-Lyautey le 22/11/1952

Ma petite maman chérie

J'e croyais que j'allais pouvoir t'annoncer une bonne nouvelle, mais elle vient d'être démentie. Figure toi que nous devions partir ce soir pour Paris en train pour prendre l'avion à Orly, direction Casa. Je pense que deux officiels quelconque ont du prendre les deux places. J'attendais pour t'écrire de savoir quelque chose. Et maintenant, je ne peux toujours rien te dire. Ce sera peut-être pour demain. Mais je ne tiendrais pas du tout à ce que ce soit par bateau, ce serait trop long et inconfortable. Sais tu ma chère maman que samedi soir, après avoir envoyé un télégramme, je suis allé passer le dimanche au Grès. On se rase trop dans de dépôt et puis ce n'est pas loin. Nous avons passé un bon dimanche. Déjeuner à la maison Berthier, après-midi promenade en Avignon : il faisait beau. Ainsi ils ont visité Donzère Montdragon. Ils vous embrasse bien.

Vendredi après-midi, je suis allé à Hyères. J'ai revu des connaissances et surtout les deux copains Nav. Le second-maître, contrôleur lui aussi, n'a presque rien à faire, il s'ennuie. Il parait qu'à P. Lyautey le travail est plus intéressant. L'autre QM de Bordeaux qui vient avec moi avait écrit aussi à la base et a reçu exactement la même réponse que la mienne. Un officier au dépôt nous a dit : "C'est dégoûtant de vous faire cela !". En attendant... on attend. Ma tite maman, je pense que vous êtes en bonne santé. Je t'embrasse bien bien fort ainsi que la mémère.

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Port-Lyautey le 09/12/1952

Ma petite maman chérie

J'ai déjà reçu ta bonne lettre adressée à Toulon. J'avoue que je n'ai pas écrit beaucoup avant mon départ. Mais tu sais c'est pénible de ne rien pouvoir dire, de ne rien savoir. Mais au reçu de ta lettre et de celles du Canada, dont je te remercie en passant, je t'ai écrit le même jour. Que s'est-il passé ? Je ne sais ? En tout cas tu as dû avoir ensuite mes cartes de Paris et de Casa. J'espère ma chère maman que tu ne te faisais pas trop de souci quand même. Maintenant parlons des bonnes choses ici : Dimanche je suis allé à la paroisse du S.C. à P. Lyautey. Le curé, le P. André, ami de l'abbé Roustand, est très "sympa". J'ai déjà fait connaissance des hommes du S.C. et suis embauché pour la chorale. Le curé est très content de sa paroisse qui marche très bien parait-il. J'ai vu aussi le mari de Mme Raymond la présidente de la Ligue, cette dame était fatiguée. En plus, P. Lyautey est une agréable petite ville en plein essor. Le temps est merveilleux, il fait une douce chaleur : un mois de mai en France. Mais j'en arrive au revers de la médaille. Là, j'avoue que ça va mieux grâce à la communion de dimanche. Je suis sur, mais j'ai eu une crise de dégoût, de lassitude et de colère aussi. Pourquoi ? Nous avons été accueillis le copain et moi comme des chiens dans un jeu de quilles. Si tu voyais ma pauvre maman cette montagne de ressentiments, de jalousie, de méchanceté que certains officiers ont contre nous. Je t'assure que je n'exagère en rien. D'abord on s'est dépêché à mon arrivée de ne pas me mettre à la base comme prévu mais dans la plus sale escadrille de la base. Sale spécialement à cause du commandant et de son second. Quand je songe à la 32S, comme ils étaient braves. Conclusion directe, on ne veut pas nous sommer second-maître maintenant et sans nous donner de date possible. Le commandant en second comme accueil dans son bureau, dans une belle crise de colère, nous a reproché, critiqué notre cours, le Canada, nos ailes et surtout le grade d'officier. C'est dur de se contenir lorsque l'on s'entend dire : "Si le Canada trouve normal de nommer officier le premier imbécile venu, la Marine Française elle, préfère mettre un an à nommer ses sous-officiers mais à coup sûr...". Puis : "Je sais que vous étiez si bien là-bas alors vous n'aviez qu'à y rester mais foutez nous la paix." Lorsque tu entends ça de la bouche d'un officier... c'est dur de ne rien dire (je n'ai pas ouvert la bouche) et ça fait quand même de la peine.

Tu vois ma chère maman, voilà où en sont les choses. Alors plus question de perm, de mariage, nous avions pourtant assez attendu. Je me demande ce qu'ont ces gens là dans le ventre. Tant de méchanceté. Je n'ai jamais vu cela là-bas au Canada et quand je pense qu'ils ont une telle admiration pour tout ce qui est France... S'ils savaient tout. Ma tite maman prie pour moi, pour que je ne tombe pas dans le piège, c'est-à-dire, par toutes "gentillesses", ils essayent de nous faire fâcher, répondre, faire une blague. Alors ! gare à nous. Ma petite maman chérie, je t'embrasse bien fort. Bons baisers à la mémère.

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Port-Lyautey le 16/12/1952

Ma petite tite maman chérie

Merci pour tes deux bonnes lettres, si tu savais comme elles m'ont fait du bien. Mais tu sais, bien que d'après ma lettre tu as pu croire que j'avais très mal accusé le coup, sois sans crainte, la réaction est vite venue. Je puis même dire que dans le même temps où je recevais la douche en passant par tous les stades du découragement, du dégoût, dans le même temps j'avais vu la seule chose à faire : répondre par le mieux en tout. Je considère donc, en essayant d'agir ainsi, l'affaire comme classée.

Une surprise nous attendait ce matin le camarade et moi. Il est dans le même cas que moi et travaille avec moi. Pour nous essayer, mais d'une manière assez spéciale car on va nous demander des trucs que personne ne sait faire ici. Nous allons faire une mission en France de samedi à mardi; seuls tous deux comme navigateurs. Pourtant, en arrivant, on nous avait dit que nous ferions du double quelques mois avec des navigateurs plus qualifiés. Voilà, nous avons 1 chance sur 10 de remplir exactement notre tâche... J'espère qu'avec l'aide de Dieu nous saisirons cette chance, sinon... !

Ce que nous faisons le reste du temps : nous sommes au bureau de Navigation de l'escadrille, avec seulement des officiers qui ne fichent rien, mais que nous n'avons pas le droit d'imiter, bien sûr. Du reste, il y a beaucoup de documents et de choses à compulser, à apprendre. Pour ça, pas de travail salissant, ni même pénible, je dirai. Enfin, cette dernière semaine, nous avons fait montre d'une passivité totale, plongés dans les bouquins, sans nous occuper des chahuts de ces Messieurs. Je n'ai pas besoin de vêtements pour l'instant merci, ni de rien, tu sais ma chère maman. La nourriture, on ne peut rien en dire. Pour les camarades qui sont nommés en France où ailleurs, aucun n'est dans le même cas que nous deux. Je t'ai dit, je crois, qu'ils étaient tous jeunes en service. Ils ont six mois à attendre après le cours pour passer second-maître. Et il est probable ainsi qu'ils passent avant nous (ça leur ferait mars). Quand aux événements, tout est fini et cela n'a pas été tellement grave car ça n'a pas été un mouvement de masse, mais seulement l'oeuvre d'une minorité extrémiste et fanatique, pas comme en Tunisie où c'est plus général.Nous avons été consigné quelques jours mais il n'y a rien eu à Port-Lyautey. Excuse moi ma tite maman, je n'ai guère écrit mais je n'en avais pas le courage et j'avais un peu peur de dire des bêtises. Tu veux quelques noms d'officiers OK ! Le commandant de la base se nommes De Citivaux, son second Laxate. Le commandant de mon escadrille Melley et son second (le fameux qui nous a reçu) Leclerc-Aubreton. Voilà. Quant au P. Thouvenin, pour rien au monde je n'aurais voulu faire entrer son père et lui dans cette affaire. C'est à moi à me débrouiller maintenant. J'ai retourné à la messe dimanche, ai rencontré Mme Raymond la présidente de la Ligue et j'ai déjeuné chez elle, famille très bien, très sympa, climat canadien. J'y vais à Noël. Du côté ville, civil, tout est pour le mieux, une fois de plus je suis comblé, j'ai eu de la chance. A bientôt ma tite maman, je t'embrasse bien bien fort ainsi que la mémère.

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Port-Lyautey le 12/01/1953

Ma petite maman chérie

Je reçois à l'instant ta dernière lettre. Bien sûr je comprends que tu essaies de m'encourager au sujet de ma désillusion. Tu sais il n'y a pas qu'une question d'argent. Il y a une différence de vie, d'atmosphère, d'ambiance entre les chambres de l'équipage et le poste des sous-officiers. Cela aussi ça compte. Il y a une note de Paris demandant pourquoi nous n'étions pas passés, alors que dans toutes les bases, ceux qui avaient droit sont passés (par ex. ceux qui sortent de l'école d'Agadir). Il était même stipulé que la non nomination devait être considérée comme une sanction !? Le commandant nous a dit qu'il ne reviendrait pas sur ce qu'il avait dit. Je te parlais de janvier et maintenant d'avril, parce que ce sont les dates où l'on accorde des nominations à ceux qui montent normalement par notes, c'est pour ça que j'y comptais un tout petit peu. Et puis assez parlé la dessus. Le moins j'y pense, le mieux ça vaut. Pour Micheline, il n'y a rien de sérieux, seulement une bonne fatigue. Je reçois une lettre de Geopralus. Ils ont eu une petite fille mort-née, c'est bien malheureux. J'avais déjà envoyé un mot à St-Juste avant de savoir la mort de l'oncle. Hier dimanche, j'ai fait un vol d'essai de 9 h. à 12 h. Ma messe s'est passée à 12 000 pieds. Il faisait un temps splendide cette semaine. Je vais aux Açores deux jours. A bientôt une lettre ma tite maman. Attention au froid. Gros baisers à toutes deux.

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Vols effectués à Winnipeg

Date
Avion
Pilote
Poste
Mission
Jour
Nuit
Total
29/01/1952 Expeditor 1498 F/O Smith Nav D1 Day cross country
01:00
01:00
16/02/1952 Expeditor 1420 F/O Christensen Nav D2 Day cross country
02:15
03:15
22/02/1952 Expeditor 1466 F/O Letcher Nav D3 Day cross country
02:15
05:30
28/02/1952 Expeditor 1466 F/O Anderson Nav D4 Day cross country
00.30
06:00
06/03/1952 Expeditor 1430 F/O Schneider Nav2 D4 Day cross country
03:25
09:25
10/03/1952 Expeditor 1495 F/O Edwards Nav1 D5 Day cross country
03:20
12:45
11/03/1952 Expeditor 1475 F/O Keith Nav2 D6 Day cross country
04:00
16:45
14/03/1952 Expeditor 1457 F/O Rowbotham Nav2 D6 Day cross country
03:30
20:15
21/03/1952 Expeditor 1475 F/O Roberts Nav1 D7 Day cross country (CNL)
01:00
21:15
21/03/1952 Expeditor 1475 F/O Roberts Nav1 D7 Day cross country
03:30
24:45
26/03/1952 Expeditor 1459   Nav2 D8 Day cross country
03:30
28:15
03/04/1952 Expeditor 1429 F/O Bell Nav 1 D9 Day cross country
02:00
30:15
04/04/1952 Expeditor 1439 F/O M. Millan Nav 1 D9 Day cross country
03:50
34:05
10/04/1952 Expeditor 1435 F/O O'Halloran Nav 1 D10 Day cross country
05:30
39:35
15/04/1952 Expeditor 1500 F/O Christensen Nav2 D11 Day cross country
05:15
44:50
23/04/1952 North Star   F/L H.R. Cram Pas. WG - Ottawa
04:30
48:20
06/05/1952 Expeditor 94 F/O Nav 2 N1 Night day cross country
04:15
52:35
10/05/1952 Expeditor 289 F/O Marcoux Nav 1 D12-13 Day cross country
02:30
55:05
17/05/1952 Expeditor   F/O Ramage Nav 1 N2 Night day cross country
04:30
59:35
22/05/1952 Expeditor 1500 F/O Grange Nav 2 N3 Night day cross country
04:00
63:35
28/05/1952 Expeditor 1486 F/O Clarcke Nav 1 et 2 D15-16 Day cross country
04:45
68:20
05/06/1952 Expeditor 1468 F/O Macintosh Nav 1 N4 Night day cross country
04:00
72:20
07/06/1952 Expeditor 289 F/O Klein Nav 1 D17 Day cross country
04:00
76:20
17/06/1952 Expeditor 1485 F/O Cwihun Nav 2 N5 Night day cross country
04:30
80:50
20/06/1952 Expeditor 2293 F/O Lee Nav 2 D19-20 Day cross country
01:30
82:20
21/06/1952 Expeditor 1509 F/O Wright Nav 2 D18 Tactical
05:00
87:20
25/06/1952 Expeditor 1432 F/O Wallman Nav 1 N6 Night day cross country
05:00
92:20
06/07/1952 Expeditor 1498 F/O Leod Nav 2 N7 (CNL)
00:35
92:55
06/07/1952 Expeditor 1441 F/O Leod Nav 2 N7 Night day cross country
05:00
97:55
07/07/1952 Expeditor 1509 F/O Cottrell Nav D14 Low level
03:15
101:10
10/07/1952     F/O Clarcke Nav 1 D21 Bombing
05:40
106:50
16/07/1952 Expeditor 1451 F/O Knowles Nav 2 D22 Bombing
05:30
112:20
24/07/1952 Expeditor 2284 F/O Grange Nav 1 N8 Night day cross country
05:00
117:20
29/07/1952 Expeditor 2292 F/O Schoales Nav 2 N9 Night day cross country
05:00
122:20
08/08/1952 Expeditor 1428 F/O Mac Donald Nav 1 D23 Day cross country
04:00
126:20
13/08/1952   2298 F/O Ramage Nav 2 D24 Day cross country
01:20
127:40
18/08/1952   1495 F/O Page Nav 1 N10 Night day cross country
04:00
131:40
20/08/1952   1429 F/O Carss Nav 2 D25 Day cross country
05:00
136:40
20/08/1952   1429 F/O Carss Nav 1 D26 Day cross country
04:30
141:10
25/08/1952   1414 F/O Mac Laughin Nav 2 N10 Night day cross country
05:40
146:50
28/08/1952   1443 F/O Keith Nav 3 D27 Day cross country
03:10
150:00

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