![]() |
Navigateurs Aériens et DENAEde l'Aéronautique Navale |
![]() |
(1931-2018)
1978
Au mois de mars 1978 des élections doivent se dérouler. Depuis Verdun sur le Doubs, célèbre pour sa « PAUCHOUSE », le Président de la République Valéry Giscard d’Estaing prononce un important discours où il demande à tous les citoyens français de faire le bon choix. Le Président est très apprécié des forces armées, car par son action, il y a eu une grosse revalorisation de la condition militaire.
Depuis janvier 1978, nous effectuons des exercices avec la marine iranienne qui vient d’acquérir auprès de la France des patrouilleurs. Ces exercices se déroulent en Méditerranée, au large de Toulon - Sanary - La Ciotat et sont baptisés PATIRA.
Le 28 janvier, je pars en mission pour Dakar et ce pour cinq semaines. Je suis désigné comme officier opérations du détachement Atlantic, il y a 4 ou 5 Atlantic de la 22 F et de la 23 F (LANN-BIHOUE), qui sont positionnés à Dakar dans le cadre de l’opération « LAMENTIN » qui vient de commencer. Cette opération consiste à rechercher et neutraliser le FRONT POLISARIO qui opère dans le sud de la Mauritanie, qui harcèle principalement les trains de minerai de fer qui viennent de la mine de F’DERICK et qui vont décharger au terminus de NOADIBOU. Le FRONT POLISARIO, très habitué au désert saharien, sait profiter de la moindre planque et c’est essentiellement la nuit qu’ils s’attaquent au train.
Pendant mon séjour, je suis obligé de prendre une décision importante. Le commandant UBRANO étant en vol je reçois une demande d’opération SATER au Niger. Un hélicoptère transportant un ministre est porté disparu dans une zone de forêt vierge. Cette zone ne fait pas partie de la zone de responsabilités du COMAR Dakar et comme nous sommes un samedi, je téléphone pour rendre compte à l’officier de suppléance au Ministère des Armées, qui très embarrassé me réponds : « Faites pour le mieux si vous avez un avion disponible ! ».
Effectivement, il y a toujours l’avion SAR pour l’Atlantique Sud. Dans les plus brefs délais j’expédie l’appareil de la 23 F sur NIAMEY. Dès le matin l’équipage commence les recherches et il restera une semaine dans la région. Les nombreux vols n’ont rien donné et la seule chance de retrouver un hélicoptère crashé dans la jungle, c’est d’observer un vol de charognards qui tournoie au-dessus de l’épave. Toutes les autorités, à qui j’avais rendu compte de l’envoi de l’appareil, ont approuvé sans réserve ma décision.
A cette époque, le commandant en chef de l’opération « LAMENTIN » était le général de brigade aérienne Michel FORGET. Comme il s’agit d’une opération à dominante aérienne, c’est un général de l’armée de l’air qui commande l’important dispositif. Tout le monde en a la « pétoche », mais je n’ai aucun problème avec lui ; il est présent à chaque débriefing au retour de mission des équipages, et il signe le message de compte-rendu expédié au Ministère des Armées.
En mars, nous votons pour les élections législatives et la droite sort gagnante avec une forte majorité et ce contre toute attente. Pendant trois semaines je suis en stage à Toulon, au centre d’entrainement pour obtenir le diplôme technique. Le sujet de mon exposé final est « Recherche en zone désertique ».
Le 25 mars, j’effectue en remplacement une « SURMED Kiev » avec l’équipage Victor Fox de l’EV1 CHENET Hervé. Le vol est assez long avec 12.3 et nous survolons la flotte soviétique.
Pour les permissions de Pâques, nous décidons avec Juliette, de participer à un voyage organisé par le Crédit Agricole en Yougoslavie et particulièrement en Slovénie. Comme il s’agit encore d’un pays de l’est sous influence soviétique, j’ai l’accord des autorités maritimes de m’y rendre en permission mais en contrepartie il m’est demandé de rapporter au retour, toute information qui pourrait intéresser la défense nationale. Sur place je n’aperçois qu’un terrain d’aviation avec quelques Mig.
Pendant notre voyage nous faisons une excursion à Venise après être passé par Trieste. A Venise, une petite balade en canaux et en gondole fait le bonheur de Juliette et de Françoise.
Le 8 mai, je réussis à m’incruster dans un voyage pour Le Caire. Je pense qu’il serait dommage que je quitte la Marine et de ne pas connaître l’Egypte, et mon copain le lieutenant de vaisseau LEPINOY me prend dans son équipage. Nous ne restons que deux jours mais ils seront bien employés. En 1978, l’agglomération du Caire a une population de huit millions d’habitants, une circulation automobile anarchique où tous jouent du klaxon. Le trajet de l’aéroport à l’hôtel situé sur la rive gauche met plus d’une heure. Sur le parcours j’observe les paysages et je découvre que les cimetières sont habités !
La langue française est couramment parlée par l’élite égyptienne, et le propriétaire de l’hôtel parle un très bon français. Cela nous facilite beaucoup pour organiser les excursions que nous envisageons. Nous ne manquons pas la visite du musée du Caire, le minimum en deux heures, puis visite des pyramides du site de CHEOPS avec le sphinx au nez décapité. Dans la grande pyramide de CHEOPS, nous pénétrons jusqu’à l’intérieur de la chambre funéraire. Il nous faut marcher accroupi et surtout ne pas être claustrophobe. Nous visitons également une grande mosquée et sur le chemin du retour je demande au guide si l’on peut s’arrêter car je souhaite acheter une friandise du « loukoum ». L’arrêt de quelques minutes provoque un énorme embouteillage mais ici tout le monde s’en fiche.
Au retour nous effectuons une SURMAR au large de la Libye pour pointer les bâtiments de la flotte russe, toujours présente dans cette région de la Méditerranée.
Le 29 mai, nouveau départ pour Dakar puis N’Djamena au Tchad. Je participe à l’opération TACAUD dont le but est d’empêcher les rebelles venant de Libye de s’infiltrer jusqu’au cœur du Tchad. La France apporte un soutien armé au Président ISSENE HABRE. L’histoire va décidément très vite en Afrique, car après la libération de Françoise CLAUSTRE et de son époux en 1977, un an et demi plus tard le geôlier devient notre principal interlocuteur dans la capitale tchadienne.
Tous les deux jours nous effectuons des vols de reconnaissances dans l’Est du Tchad, dans la région d’ABECHE. Il s’agit de la ville la plus importante et il y a des infiltrations de troupes rebelles qui arrivent de Somalie. Ces infiltrations se font également par le Nord à une cinquantaine de kilomètres de la Libye. Nous volons toujours à une altitude de sécurité de 12 000 pieds (4 000 mètres) afin d’éviter un tir de missile. Nous veillons particulièrement à la surveillance électronique car dans le Nord de la Libye, des batteries de missiles SAM 3 sont en place. La portée de ces missiles est de 30 nautiques à une altitude de 10 000 mètres. Là il ne faut pas plaisanter, dès que l’on se sent croché par le radar, nous faisons demi-tour immédiatement.
Le 11 juin 1978, au cours d’une reconnaissance de nuit, nous sommes la cible de deux missiles SAM 7. L’explosion du premier missile se fait sur l’avant et bien en dessous de l’avion, le veilleur qui est en position dans le nez vitré de l’ATLANTIC a cru voir une étoile filante, le deuxième missile qui a été tiré vraisemblablement vers l’arrière s’est perdu dans la nature. Comme nous avons à bord un spécialiste des écoutes radio de l’armée de terre, il espionne la fréquence des rebelles et ceux-ci annoncent qu’ils viennent de tirer sur l’avion radio avec deux missiles.
Le 14 juin, nous effectuons une reconnaissance et nous sommes intrigués par un éclat lumineux dans une palmeraie. Cela ne peut provenir que de la réfraction du soleil sur un pare-brise de véhicule. Seuls les rebelles possèdent des 4 X 4 et nous alertons les JAGUAR en alerte à N’DJAMENA. Moins d’une demi-heure plus tard une patrouille de deux chasseurs bombardiers découvre, en passant à basse altitude, plusieurs véhicules camouflés. Le temps d’un retournement et ils réalisent une attaque en piqué. Les véhicules et leurs équipages sont neutralisés et nous apercevons depuis l’ATLANTIC les impacts de bombes et l’incendie qui en suit.
C’est notre dernière journée de séjour dans la capitale tchadienne. Il faut en profiter pour acheter des souvenirs ; j’acquiers des œufs d’autruche, plusieurs sacs en peau de crocodile et peau d’autruche. J’achète également des petites figurines en métal peint qui peuvent s’emboiter et qui miment des scènes d’amour. Vendues en cachette, les colporteurs les appellent les « nique-nique », amusant…
De retour à Dakar où nous devons rester une dizaine de jours, nous poursuivons des opérations en Mauritanie, qui est toujours un point chaud de l’Afrique. Le chef d’Etat-major de l’Amiral PATMAR vient en inspection. Le capitaine de vaisseau FONTAINE, ancien commandant de la B.A.N GARONS est embarqué dans notre ATLANTIC et nous réalisons une recherche à vue (R.A.V) en Mauritanie. Le vol se déroule une partie de la nuit et sur une carte nous pointons tous les feux suspects. Avec notre STARTRON, amplificateur de lumière, nous voyons si ce sont des campements de nomades.
Au retour du vol, le C.V FONTAINE m’annonce que ma demande de congé P.N est acceptée et que cela prendra effet à compter du 1er octobre 1978. J’ai su plus tard que la décision ministérielle avait été prise favorablement en février, le secret a bien été gardé, même par le Pacha de la flottille forcément au courant. J’en suis fort heureux, nous pourrons réaliser le rêve de retourner à Tahiti. Je pense qu’il est temps de penser à ma famille et d’être plus proche d’eux.
Je n’ai pas vu beaucoup mes enfants pendant ces dernières années. Christian est caporal à la 24ème compagnie des pompiers de Montreuil, en Seine Saint-Denis, Jean-Luc a changé de spécialité, d’ELARM (Electronicien d’armes = les missiles), il s’oriente vers la spécialité de fourriers et va à l’école des fourriers de Querqueville près de Cherbourg. Françoise est à l’école de Nîmes, elle travaille bien à l’école et si nous partons en Polynésie ce sera à son entrée en 6ème.
Christian, fréquente depuis un an et demi, Christine DAMBLANT, la sœur de Yannick DAMBLANT. Cette jeune femme entreprend des études d’infirmière à l’école Kléber de Nîmes.
Juillet 1978 n’est pas un mois trop calme en Méditerranée orientale et il y a une multitude de bâtiments de guerre soviétiques qui naviguent. Nous effectuons des SURMED au large de la Libye et à chaque fois ce sont des vols de dix à onze heures que nous réalisons.
Le 16 juillet au soir, je suis prévenu par téléphone que Christian est hospitalisé dans le pavillon des grands brûlés de l’hôpital militaire de PERCY. Son capitaine m’annonce que Christian, lors d’un feu d’appartement le matin du 14 juillet, a été brûlé aux 2èmes et 3èmes degrés. La fin de la phase critique vient de se passer, il va s’en sortir, mais il sera hospitalisé pour plusieurs semaines.
Je téléphone à Christine et nous décidons de partir le lendemain pour Paris. Nous nous relayons au volant de la 104. Nous allons en visite et nous découvrons Christian allongé derrière la vitre de sa chambre stérile. Nous resterons quelques instants et communiquons par interphone. Il est vivant, il est jeune, il s’en sortira avec quelques séquelles, mais il s’en sortira.
Nous reprenons la route et Christine prend plusieurs fois le relais.
Le mois d’août, la 22 F est en permission. Nous louons la maison de montagne des NOUGUIER et nous retrouvons un havre de paix à SOLPERIERE. Avec la 104 qui est une voiture de petit gabarit nous pouvons aller presque jusqu’à la maison et c’est bien pratique pour nous installer et ramener nos commissions. Nous allons faire des ballades dans toute la région, et dans le massif de l’Aigoual, nous faisons la cueillette des myrtilles. Nous ne trouvons pas beaucoup de champignons. Pendant le séjour, je fais un aller et retour sur les Pennes et vais chercher Mémé Annette qui se plait beaucoup à la montagne. L’altitude ne dépasse pas les 1 000 mètres et il fait frais le soir, c’est très agréable pour dormir. La famille NOUGUIER loge à côté de nous, dans un petit studio que Paul a aménagé. Ce sont des personnes très agréables et nous sortons souvent ensemble. Le caniche MYLORD s’adapte à sa vie métropolitaine et il fait un bon chien de garde.
Nous avons de bonnes nouvelles de Christian, il doit subir des greffes de peau et la cicatrisation sera longue.
Le 7 août, le Pape PAUL VI meurt. Son décès plonge dans un profond chagrin, quelles que soient leurs croyances, tous ceux qui ont apprécié le PAPE. Il était à la tête de l’église catholique depuis une quinzaine d’années. Le 28 août c’est l’élection du Cardinal ALBINO Luciani, patriarche de Rome et c’est une véritable surprise.
Au retour de permission le capitaine de corvette MALLARD, le commandant de la flottille, me demande si je pouvais différer d’un mois mon départ en congé P.N. En reportant mon départ d’un mois je pourrais ainsi effectuer une dernière mission comme officier opérations à N’DJAMENA. Après avoir occupé cette fonction dans le cadre de l’opération « LAMENTIN » à Dakar, je vais donc occuper celui de l’opération « TACAUD » au Tchad.
Je ne peux refuser et je dois bien cela à la Marine Nationale.
Christian sort de l’hôpital PERCY après huit semaines d’hospitalisation, il est mis en congé de convalescence et il vient à la maison.
Le 28 septembre je pars pour Dakar et le 30 je rejoins N’DJAMENA. Pendant le vol nous apprenons la mort du Pape Jean-Paul 1er qui a succombé soit à un infarctus soit à une hémorragie cérébrale.
En tant que chef des opérations « Marine », je suis chargé de diriger les briefings et débriefings des équipages qui partent en mission et à leur retour j’expédie le compte rendu au Ministère. Fort heureusement je n’ai pas à m’occuper du chiffre, car tous les documents sont classifiés « SECRET DEFENSE ». Je suis logé à l’hôtel « La Tchadienne », avec une chambre climatisée et c’est bien agréable. J’ai à ma disposition une Jeep pour me rendre à la tour de contrôle, dont la surveillance est assurée par des sous-officiers commandos de l’armée de l’air.
Le 14 octobre, en fin d’après-midi, alors que j’attends le retour de l’ATLANTIC du lieutenant de vaisseau LEPINOY, j’assiste au retour de patrouille de deux JAGUAR de la base de SAINT DIZIER. Cela se termine tragiquement car un des deux appareils se crashe en approche à une dizaine de kilomètres de l’entrée de piste, maxi 7 ou 8 nautiques. Il est vraisemblable qu’un tireur isolé a abattu le chasseur bombardier d’un missile SAM 7.
C’est terriblement éprouvant de voir en direct un avion touché à mort. J’alerte aussitôt l’ATLANTIC qui va survoler les lieux du crash, il n’y a pas d’incendie, et il repère rapidement les restes de l’appareil. Le pilote a été tué, le capitaine Serge LINEMANN de l’escadron de chasse 1/7, était le commandant du détachement et j’avais eu plusieurs fois l’occasion de déjeuner et de discuter avec lui. Le lendemain après-midi nous assistons à une cérémonie militaire avant son retour pour la France, ces honneurs militaires sont très éprouvants. La zone d’approche, depuis, est sécurisée.
J’ai toujours en mémoire ce crash et quelques soient les écrits, aucun ne me convainc que ce soit un accident, le jaguar est tombé d’un seul coup et j’ai assisté en direct à la mort du Capitaine LINEMANN !
Mon ami LEPINOY a trouvé des défenses d’éléphant dans un magasin de curios. L’ivoire est vendu uniquement sculpté et je n’ai pas assez d’argent en espèces pour l’acheter. Je me fais avancer par le trésorier de l’armée de l’air l’équivalent de 1 000,00 Francs Français et je donne toutes mes coordonnées pour que cette somme soit retirée sur ma solde marine. Comme je suis débarqué de la 22 F, puis prolongé d’un mois et administré par le centre administratif de Brest qui gère les officiers en congé P.N, la somme ne m’a jamais été défalquée. La défense en ivoire est un de mes cadeaux de départ offert par l’armée de l’air…
Le 17 octobre le Cardinal Karol WOJTYLA, Archevêque de Cracovie est élu Pape. Il s’agit du premier Pape issu des pays de l’Est, il est âgé de cinquante-huit ans, il prend le nom de Jean-Paul 2.
Le 31 octobre je suis toujours à N’DJAMENA; je devais être rapatrié en France par un C160 TRANSALL de l’armée de l’air, mais il n’y a plus de place pour moi. Je demande donc au lieutenant de vaisseau CARPENTIER, commandant de bord d’un ATLANTIC de la 23 F qui rentre sur LANN BIHOUE, s’il peut me prendre à son bord. Je rends compte au commandant de la 22 F que je ne serais pas de retour à GARONS avant le 6 novembre.
Pendant les vacances de Toussaint, Juliette, Françoise, Christian et Christine sont allés passer quelques jours à SOLPERIERE.
je n’ai plus de carte de circulation) et je prends le train pour Nîmes : Lorient, Bordeaux, Nîmes.
Quelle joie de retrouver sa famille après plus d’un mois d’absence. Je me dis que c’est fini, que je vais rester tranquille à la maison, qu’il n’y aura plus de réveil matinal et que c’est terminé de faire des vols de nuit.
Le lundi 5 novembre matin, quand je vais à la base pour réaliser mes mouvements de débarquement, j’apprends qu’un vol a été organisé en utilisant fictivement le pistage d’un sous-marin en mode Julie. Pendant le vol, j’ai droit aux accélérations autour d’un « DATUM ». En clair le DATUM est : L’EUROPEAN DATUM 1950 est un système géodésique utilisé par la majorité des cartes française, il a été remplacé progressivement depuis 1999 par le WGS 84 (carte au 1/25 000 de l’I.G.N) et maintenant par le G.P.S ». En terme Marine, le DATUM est la dernière position connue du sous-marin. Je procède au marquage sur la table d’attaque.
Au retour de cet exercice, j’aperçois avec plaisir que deux autres ATLANTIC se joignent au N°47 que j’occupe, et qu’ils se positionnent en formation d’escorte. Trois Alizés de la 6 F viennent se joindre au défilé et vraiment je suis touché par tant d’attention du commandement qui a mis en vol, rien que pour moi, six appareils de l’aéronavale pour célébrer mon départ.
A ma descente d’avion, je vois arriver quatre copains portant une civière et une fois couché je suis aspergé de fluorescéine et bon nombre d’ingrédients. Je suis transporté en ambulance jusqu’au carré de Caissargues et c’est là que débute mon enterrement de 1ère classe. Il y a monsieur le curé, les enfants de chœur, la veuve éplorée (jouée par une Marinette) et un chien qui pleure son maître.
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
Le Pacha prononce l’éloge funèbre et je suis mis en bière, en l’occurrence une caisse en bois qui sert au stockage d’une pale d’hélice. Avec la caisse qui doit faire dans les cent kilos et mon poids, les quatre porteurs ont beaucoup de difficultés pour me porter. J’entends depuis mon cercueil des « Bordel de bordel ! Qu’est-ce qu’il est lourd ! ». J’ai su plus tard, que si la piscine avait été en service, que j’aurais eu droit à un bain forcé. Il faudra quelques bonnes douches et près d’une semaine pour faire partir les traces de fluorescéine.
Les copains avaient prévenu Juliette de venir au carré, mais seulement après la cérémonie. Un repas de corps a été préparé. Il se déroule en présence du commandant de la base, de tous les commandants de flottilles, de tous les officiers présents sur Nîmes et de nombreux officiers mariniers que j’apprécie particulièrement. Le repas se termine, j’offre le Champagne et je quitte le service actif après 27 années et demie, plus de 7 000 heures de vol. Je vais bénéficier de cinq années de congé du personnel navigant, nous sommes sept ou huit à en profiter cette année de ce privilège et pour la plupart ce sont des officiers supérieurs. Nous allons partir à TAHITI l’année prochaine. L’avantage financier est énorme, je pars avec cinq années de solde complète en congé, ma seule obligation sera d’assurer 40 heures de vol à l’année, même en tant que passager…
Ainsi se termine ma carrière dans l’aéronavale, depuis je garde précieusement les marques de sympathie que l’on m’a offert : mon énorme macaron avec mes 7 000 heures de vol de la PATMAR, un écusson avec « Bordel de bordel, c’est bon la retraite » de la 22 F et un sabot d’une crosse d’appontage de la 6 F. Dans mon bureau figure également un magnifique cadre en émaux offert à Juliette. J’y ai mis des photos et mes décorations ainsi que mes insignes. Je vais arrêter là la narration de ma vie professionnelle et familiale, avec cette préretraite ma vie prend un cours classique. Christian se fiance avec Christine à la fin du mois de décembre, le mariage est prévu pour le 7 juillet 1979.
J’ai commencé ce récit en 1996, et terminé dix ans plus tard, mais j’ai la flemme de vous narrer les années suivantes. Juliette, Christian, Jean-Luc et Françoise s’en chargeront. Je leur tends le stylo. Il y aurait plein de choses à raconter, le séjour en Polynésie, nos nombreux voyages, les moments de fou rire et les moments de tristesse. A vous de travailler !
FIN