![]() |
Navigateurs Aériens et DENAEde l'Aéronautique Navale |
![]() |
(1931-2018)
1959
Le 9 janvier 1959 voit la naissance de la Vème République.
Le 19 janvier 1959, je suis invité par mon copain Gaston ROY dit « Toutoune » à faire un vol en « AQUILON ». Après la 4F il a été affecté à l’escadrille 59S, école de chasse embarquée, et comme je suis passé plusieurs fois au caisson, je suis apte à faire un vol à réaction et à haute altitude. Le vol consiste à faire des interceptions sur un avion plastron volant entre 35 000 et 40 000 pieds. Nous serons pris en charge et guidés par un escorteur qui se trouve en pleine mer. Après le décollage où la montée est très rapide nous sommes au-dessus d’une couche de nuage et la visibilité doit être de 100 ou 150 nautiques car, nous voyons en même temps le sommet des Alpes et des Pyrénées. Nous commençons les interceptions, toute la procédure est réalisée en anglais, j’écoute les distances qui nous séparent de l’objectif, le « but » et à la prise de contact visuel, Gaston cabre l’AQUILON 204, effectue son retournement et exécute son tir fictif. Je ne vois pratiquement rien, c’est tellement rapide que déjà nous nous éloignons pour réaliser une nouvelle passe. Quelle sensation intense, je vis des moments formidables.
![]() |
![]() |
Deux flottilles et quatre escadrilles utiliseront l’Aquilon : la 11F basée à Karouba Bizerte, de 1955 à 1962, la 16F, basée à Hyères, de 1955 à 1964, les escadrilles 2S (Lann-Bihoué), 10S (Saint-Raphaël, mais les Aquilon sont basés à Hyères), 54S (Hyères) et 59S (Hyères).
Le 24 février 1959 j’effectue un vol sur FOUGA CM 170 N. Une heure et 20 minutes de vol, avec voltige et deux percées dirigées réelles à une altitude maximum de 20 000 pieds.
Le 4 mars j’effectue mon premier vol sur BREGUET Alizé SR12 avec le Capitaine de Corvette HEDON. Je pars quelques jours à la B.A.N Fréjus à Saint Raphaël pour me familiariser avec le fonctionnement du calculateur de navigation qui remplacera le plateau de route des T.B.M. Le navigateur est assis à côté du pilote, c’est vraiment bien, mais pour le confort c’est des plus précaires. Il n’y a pas de confort, la tuyère d’échappement des gaz du turbopropulseur oblige à avoir le pied droit de travers vers l’intérieur et je suis assis sur le canot de sauvetage. Cela fait mal aux fesses.
Tous les mois d’avril et de mai, je vole beaucoup et nous effectuons de nombreux exercices avec les sous-marins de la Méditerranée.
Pendant cette période, lors d’une réunion en salle d’alerte du centre d’entrainement de la flotte, tous les équipages sont présents, dont le lieutenant de vaisseau Philippe De Gaulle. Lorsqu’il quitte la réunion en prenant les lunettes Ray Ban, toutes neuves du maître radio GAGLIARDONE, dit « Yoyo ». « Commandant, commandant ! » interpelle GAGLIARDONE, « Vous vous êtes trompé de lunettes ! » Sur ce, le pacha lui répond : « Ce n’est pas grave, gardez les miennes, elles deviendront célèbres ! »
Philippe De Gaulle est lieutenant de vaisseau en 1948, commande la flottille 6F en 1952, capitaine de corvette en 1956, capitaine de frégate en 1961, commandant l'escorteur rapide Le Picard (1960-1961). Il poursuit une carrière militaire dans la marine, comme pilote de chasse dans l'aéronavale, commandant l'aéronautique navale de la région parisienne de 1964 à 1966, capitaine de vaisseau en 1966, puis en 1967et 1968 il commande la frégate lance-missiles SUFFREN. Il sera promu au grade de contre-amiral en 1971, commandant le groupe naval d'essais et de mesures ("GROUPEM") (1973-1974) où il hisse sa marque sur le bâtiment réceptacle Henri Poincaré, puis commandant l'aviation de patrouille maritime (ALPATMAR) (1974-1975). Il est élevé au rang de vice-amiral (1975), commandant l'Escadre de l'Atlantique (1976-1977), puis de vice-amiral d'escadre (1977). Amiral en 1980, il termine sa carrière militaire au poste d'inspecteur général de la Marine, avant d'être admis en deuxième section en 1982.
Je décide de changer d’air et je me porte volontaire pour une campagne lointaine en espérant une affectation à Dakar. Là-bas au Sénégal, la flottille 27F vient d’être armée en hydravions MARLIN en remplacement des vieux SUNDERLAND. Il était temps de renouveler les appareils de cette flottille qui avait perdu trente des siens en plusieurs accidents. J’avais perdu il y a quelque temps un de mes bons camarades, le maître MARC.
Nous avons les permissions d’été du 15 août au 10 septembre mais je ne les prends pas et me réserve ces quelques jours. Il reste deux équipages à la flottille et nous faisons quelques vols et les premiers sur notre nouvel appareil le BREGUET Alizé. La 6F sera armée le 1er octobre par cette nouvelle génération d’aéronefs.
Le 18 septembre, c’est la naissance de mon deuxième fils Jean-Luc.
En octobre 1959, la flottille est donc armée en BREGUET Alizé, c’est un avion de conception française mais doté d’un turbopropulseur ROLLS-ROYCE. Je vole alternativement au poste avant, ou à l’arrière comme opérateur radar, ou aux contre-mesures électroniques. Cela change du travail sur T.B.M 3W où l’on travaillait en tandem avec le T.B.M.3S.
Au mois de novembre, je réalise de nombreuses missions et passe de nombreuses journées à Saint Raphaël. Je vais aussi une journée à Biarritz - Anglet pour réceptionner un appareil. Nous visitons la chaîne de montage des Alizés et nous sommes royalement reçus par un chef de service de la société BREGUET. Nous visitons la ville et pour déjeuner, il nous emmène dans une superbe auberge. Les mets sont tous d’origine locale et je me souviens particulièrement de la palombe au foie gras.
Le 2 décembre 1959, vers 21H15 nous sommes en train de regarder la télévision et au programme il y a du cirque avec la Piste aux Etoiles. Nous avons invité des amis à passer la soirée vers nous et au moment où Achille ZAVATTA, le clown, effectue un saut périlleux, il y a une panne générale d’électricité sur toute la ville.
Une bonne heure se passe avant que le courant ne revienne et là nous apprenons par un flash télévisé qu’un barrage vient de se rompre dans la vallée du RAYRAN et qu’il y a vraisemblablement de nombreuses victimes.
Le lendemain matin, nous lisons tous le journal « République » et nous apprenons que le choc provoqué par la masse d’eau fut effroyable. Des vagues de boue ont éventré les maisons et balayé tout sur son passage, immeubles, arbres, voies ferrées etc. La ruée meurtrière s’est déroulée plus d’une demi-heure, le temps que le barrage se vide de ses 50 millions de m3.
Lorsque j’arrive à la flottille, le CC HEDON me demande de m’équiper en vitesse, car nous allons survoler en Alizé la région et aller jusqu’à Saint Raphaël voir évaluer les conséquences de cette catastrophe sur la B.A.N de Fréjus. Toute la base est sous les eaux et en remontant le cours du REYRAN jusqu’au barrage de MALPASSET ce n’est que désolation. On ne voit que des coulées de boue et c’est un spectacle d’apocalypse. Au retour à Hyères, tout le monde nous interroge sur ce que nous avons vu. Cette catastrophe a fait officiellement 423 morts et occasionné des milliards de francs de dégâts. La ville de Fréjus est sinistrée.
Le barrage de Malpasset
En Algérie, la guerre s’intensifie, le général de GAULLE y fait un voyage dans le mois de décembre et il est accueilli par des manifestations violentes des européens et les Islamistes du F.L.N organisent une première manifestation de masse à Alger. Tout le personnel de la flottille suit avec intérêt l’évolution des événements et nous nous demandons quelle sera l’issue de ce conflit. Depuis le mois de septembre, le général de GAULLE offre l’autonomie à l’Algérie. Elle pourrait choisir entre la sécession totale qui aboutirait à la misère et à la dictature communiste, la francisation ou l’association (gouvernement algérien aidé par la France). Cette dernière solution à la faveur du général.