Macaron

Navigateurs Aériens et DENAE

de l'Aéronautique Navale

Pinguin

Claude Bassard

(1931-2018)

1964

Depuis six mois, je suis en équipage avec le Lieutenant de Vaisseau RUE, pilote, et l’Enseigne de Vaisseau BOYER-VIDAL qui est navigateur. Je suis à bord opérateur radar, contre-mesure électronique et  « Julie » une tactique de lutte anti-sous-marine (A.S.M.) pour pister les sous-marins avec des bouées acoustiques. Nous nous entendons tous les trois très bien et nous avons d’excellents résultats aux exercices.

Janvier et février sont deux mois où nous effectuons de nombreux vols.
Quand nous sommes à bord du porte-avions je suis adjoint de l’officier chargé de l’instruction des équipages. Il y a en général une heure de formation qui consiste au pistage simulé d’un sous-marin en tactique « Julie » ou à des exercices de navigation. Autrement, à bord nous jouons d’interminables parties de tarot dans le poste des premiers maîtres. Aucun officier ne pénètre dans ce lieu et en cas d’alerte, il y a diffusion générale par les haut-parleurs.

Vers le 20 mars, la flottille est débarquée pour un mois car le porte-avions rentre au bassin pour un petit carénage. Nous rejoignons la Base de Hyères, mais nous restons administrés par le bord.
Le 26 mars au retour d’un vol l’après-midi, je suis accueilli par de nombreux copains pour me féliciter de mon succès au concours d’O.3.E. C’est le commandant qui m’informe officiellement de ma réussite. Je suis le premier sur la liste de classement et le seul navigateur de l’aviation embarquée. Je serai vraisemblablement promu au 1er juillet.

Je suis heureux d’annoncer cette nouvelle en rentrant le soir à la maison, et dans ma tête je pense que ma carrière militaire va prendre un autre tournant...

Le 22 avril nous retrouvons le porte-avions FOCH et dès le lendemain j’arrose au poste des maîtres mon 33e anniversaire. A bord nous formons une équipe soudée au sein de laquelle règne une très bonne ambiance, ce qui est primordial dans notre travail.

En mai nous avons une grande activité aérienne et nous participons à un important exercice interallié «  FAIR GAME II », puis à des exercices avec les sous-marins de la Méditerranée.

Dans une note émanant de la Direction du personnel militaire, j’apprends que je serais promu le 1er juillet Officier des Equipages de 3ème classe (0.3.E), dans l’armée de terre l’équivalent de sous-lieutenant,  c’est une bonne nouvelle.

En juin, nous sommes toujours en manœuvre dans le Golfe du Lion ou près de la Corse. Nous faisons escale à Ajaccio trois jours. Le Président du Carré des officiers-mariniers, sachant que je n’ai pas encore fait de corvée, en profite avant que je quitte les O.M.S, de me désigner comme chef de patrouille militaire dans la ville d’Ajaccio. Je quitte le bord vers les 14h00, un samedi avec trois quartiers-maîtres de 1ère classe munis d’une matraque. Je suis équipé d’un ceinturon avec un étui de pistolet vide dans lequel je glisse un mouchoir pour faire illusion.                   
Le FOCH a mis à terre environ 1200 permissionnaires jusqu’à minuit. Cela promet car nous savons que le vin rosé corse va faire des ravages dans les rangs des marins. J’ai d’ailleurs moi-même un mal fou à empêcher mes trois loustics de s’arrêter dans les bars louches de la rue Cardinal FECH. C’est à 18h00 que débutent les vrais problèmes et le rosé commence à faire son effet. Les bagarres se succèdent et je dois intervenir plusieurs fois. Nous n’avons pas les mêmes méthodes répressives que les M.P de l ’U.S NAVY qui frappent sans discussion avec leurs matraques. Dans la soirée je suis obligé de faire appel à la Police Nationale et là il m’est répondu avec un fort accent corse : «  Cela ne nous regarde pas, débrouillez-vous ! ».
Je suis une fois menacé par un matelot qui brandit un pic de parasol et je fais mine de dégainer mon arme pour essayer de le calmer. Je n’ai plus qu’une solution : demander du renfort à bord et l’officier de garde envoie aussitôt 6 fusiliers commandos. Ils sont les bienvenus et nous pouvons embarquer une dizaine d’ivrognes. A minuit, il manque une centaine d’hommes et fort heureusement le P.A n’appareille que le lundi. De nombreux jours d’arrêt ou de prison sont distribués dès le dimanche.

Après Ajaccio c’est une escale à Palma de Majorque aux Baléares. L’escale est agréable et il y a beaucoup de touristes et de magnifiques jeunes scandinaves venues de Suède ou du Danemark. Avec les copains, nous aurions pu sans grand mal les embarquer mais nous sommes restés sages.

Nous rentrons à Toulon vers le 15 juin et la flottille regagne la Base d’Hyères. 

La flottille est en permission annuelle du 15 juin au 15 juillet et j’achète mes galons d’officier de 3ème classe des Equipages. Un jour, je dois me rendre à bord pour un problème administratif et en montant à la coupée arrière des officiers, j’ai droit au sifflet du gabier de service et au salut de l’officier de garde.

Le 29 juillet nous embarquons sur le Porte-avions CLEMENCEAU et pendant un mois nous aurons comme mission de participer au tournage d’un film d’Yves CIAMPI « Le ciel sur la tête ». C’est Jacques MONOD qui joue le rôle du commandant du P.A, et il y a d’autres comédiens tous habillés en officier de Marine, si bien que les marins à bord ne savent pas distinguer les acteurs, des officiers du CLEMENCEAU. L’histoire se base sur fond d’O.V.N.I mais c’est surtout un formidable documentaire sur le porte-avions. Je serais longtemps à la recherche de ce document et c’est  35 ans plus tard que je pourrais avoir une copie sur cassette vidéo...

Film

Nous effectuons manœuvre et tournage au large de la Corse et un week-end nous faisons escale à PROPRIANO en Corse du Sud. Avec quelques officiers nous sommes invités, par la municipalité, à une réception à l’hôtel de ville.

En septembre nous retrouvons la Base de Hyères pour un mois. C’est calme et nous n’effectuons pas beaucoup de vols. Ce n’est pas plus mal car je peux profiter des miens.
A la fin du mois, nous revoilà sur le CLEMENCEAU. Un matin je suis convoqué par le commandant de la flottille. La Marine va détacher dans les prochains mois deux Alizé pour des expérimentations nucléaires dans le Sahara à IN AMGUEL.
Ce sont des missions « SECRET et TRES SECRET DEFENSE » et nous avons l’ordre de n’en parler à personne, même aux collègues du bord. Nous effectuerons en coopération avec l’armée de l’air des exercices de P.G.A (Poste de Guidage Avancé).

Foch

Du 23 septembre au 22 octobre 1964 nous sommes embarqués à bord du FOCH et nous gagnons l’Atlantique pour participer à un grand exercice : « ARMOR ».  Nous sommes deux équipages à être intégrés à la 4F commandée par le Capitaine de Corvette VIVANCO, la 9F est restée à Bord du CLEMENCEAU.
Nous ne touchons pas terre pendant les trois semaines et nous débarquons à Brest le vendredi pour rentrer à Toulon en train. Le lieutenant de Vaisseau RUE est notre chef de détachement et comme nous arrivons le vendredi soir il nous donne le week-end en repos. Le commandant n’est pas informé de cette décision et c’est le samedi matin que nous devions rejoindre le bord... Le lundi, RUE se fait remonter les bretelles par l’Amiral et il ramasse au passage huit jours d’arrêts, nous trouvons tous la sanction injuste.

Le 30 octobre pour nous familiariser à un vol de longue durée sur le Sahara, nous réalisons un vol de navigation. Notre équipage est composé du lieutenant de vaisseau SCHMIT, pilote, du premier maître MALE, opérateur radar et de moi-même comme navigateur. Nous devons prendre la direction du Cap Corse, puis 1 heure 20 de vol cap au 225 et retour à Hyères. L’Alizé 111 sort d’une grande visite et l’appareil est doté d’une autonomie de 4 heures. Les services nous l’attribuent pour vérifier si tout fonctionne bien et pourtant nous avons bien failli nous crasher en mer par manque de carburant...

Nous décollons et arrivant au cap Corse qui est doté d’une balise radio, je me rends compte d’une grosse différence entre le compas de secours et le compas principal, il y a presque 20°.
La mer est d’huile et SCHMIT décide de faire quand même le triangle, car au Sahara nous n’aurons pas de moyens de radionavigation. Au milieu de notre branche Sud-ouest notre radar tombe en panne et néanmoins nous poursuivons notre route pendant 1 heure 20 et ensuite nous reprenons le cap de la base pour rentrer. En réalité nous avons pris environ 15 à 20° plus au Sud et après trois heures de vol nous n’avons toujours pas les Côtes de la Provence en vue. Je commence à avoir vraiment peur d’être perdu au milieu de la Méditerranée. Nous ne pouvons rien accrocher au radiocompas et c’est un réel soulagement quand nous apercevons au loin le « Bec de l’aigle » de La Ciotat. Il ne nous reste alors que 30 minutes de vol maximum et 200 litres de kérosène, lorsque nous nous posons à Hyères.
Nous n’ébruitons pas notre mésaventure, mais nous n’aurions jamais dû avoir cet appareil pour cette mission, car c’est après que les services techniques décèlent une avarie totale de tous les instruments de navigation et du système radar.

Le 2 novembre, nous partons avec deux appareils sur Saint Raphaël pour nous entraîner avec un nouvel instrument qui doit être monté sur l’Alizé et qui permettra de détecter la radioactivité des rayons gamma. Une source radioactive est placée à proximité d’une bouée de détection  et l’on peut mesurer la radioactivité car plus la source est près, plus le rayonnement est fort sur le compteur de particules GEIGER-MULLER utilisé en physique nucléaire.
Je dis tout de même à mon épouse où nous devons partir et que pour m’écrire elle pourrait utiliser la poste navale avec le secteur postal. Nous devrions pouvoir échanger régulièrement des nouvelles.

Dans les accords d’Evian signés avec l’Algérie en 1962, la France conserve pour une durée déterminée les sites d’essais nucléaires d’IN AMGUEL près de TAMANRASSET dans le HOGGAR et les bases aériennes de BOUSFER  près d’ORAN ainsi que COLOMB-BECHAR.

Le 8 novembre, nous quittons Saint Raphaël en vol de groupe à deux ALIZES, pour BOUSFER, puis COLOM-BECHAR où nous passons la nuit. Le lendemain nous mettons le cap sur IN AMGUEL. Le survol du Sahara est magnifique et après TIMIMOUN nous arrivons sur l’oasis IN SALAH. Les deux appareils ne se quittent pas de vue et nous comparons nos H.P.A  (Heures Prévues d’Arrivées)  aux points de comptes rendus. Nous n’avons pas d’aide à la radionavigation et nous n’avons rien pour naviguer, pas de dérivomètre, ni de sextant.

In Amguel
La base-vie à In Amguel

A IN AMGUEL le C.E.O (Centre d’Essais des Oasis) a installé toutefois une balise radio très puissante et nous pouvons accrocher le signal à plus de cent nautiques (185 kilomètres).
De loin nous pouvons apercevoir les montagnes du HOGGAR qui culminent à près de trois mille mètres. C’est là que se trouve une énorme montagne de granit où les expérimentations nucléaires souterraines ont lieu et cela à une trentaine de kilomètres de la base.

La base est bien aménagée et à notre arrivée, nous sommes accueillis par le colonel de l’armée de l’air commandant la base. Il nous met au courant des activités du Centre d’expérimentations des Oasis. Nous sommes logés dans des « Containers » confortables avec une bonne climatisation, froide pour la journée et chaude pour la nuit. Il y a des amplitudes thermiques énormes allant jusqu’à 30° entre les températures diurne et nocturne. En soirée il y des projections cinématographiques en plein air et nous ne pourrons jamais voir un film en entier tellement nous avons froid. Nos blousons de vol et les réflecteurs à infrarouges n’arrivent pas à nous réchauffer.

Le lendemain de notre arrivée, nous avons un sérieux briefing sur la sécurité et nous percevons nos équipements de vols spéciaux. Nous ne pourrons porter aucun effet personnel,  vêtements et sous-vêtements compris, lors de la journée du tir.
A l’intérieur de la base il y a une construction importante, une demi-sphère pressurisée pour qu’au moment du tir le personnel de la base soit en sécurité. J’ai su plus tard, que lors d’un tir précédant assez  puissant, la bourre du tunnel en colimaçon a laissé fuir des gaz radioactifs et que les observateurs placés assez près, ont pris une dose de rayonnement, et pour certains mortelle...

Pendant deux jours, nous expérimentons nos bouées dans le désert. Elles sont placées à différents points par un hélicoptère avec des sources radioactives. Un jour, je vais moi-même les disposer avec l’hélicoptère pendant qu’un Alizé fait l’écoute et nous sommes vraiment isolés dans le désert. Quelques minutes plus tard, nous sommes pourtant entourés de milliers de mouches.

Le jour « J » de l’opération « Turquoise » est prévu sous huitaine et je profite de ce temps libre pour effectuer un vol de 7 heures 30 en Nord 2501 de l’armée de l’air. Nous volons jusqu’à EDJELEH et HASSI-MESSAOUD où se trouvent les gisements pétrolifères.

Le 25 novembre nous sommes en vol au-dessus du massif montagneux lorsque le tir est annulé et nous repassons à J-3.
Le lendemain nous allons effectuer la recherche d’une mission météo dans le sud algérien à 200 nautiques de la base (370 km). Le commandement est sans nouvelle du groupe depuis trois jours et craint une attaque par des pillards. Nous allons jusqu’au point de départ de la mission et nous remontons à vue les traces laissées par les véhicules. Ils doivent faire route directe vers la base et nous retrouvons la mission météo à 80 kilomètres d’IN AMGUEL. Leur émetteur radio est en panne et en passant à basse altitude ils nous font signe que tout va bien. Cette journée, le radariste MALE, a une terrible envie d’uriner et comme le petit tuyau avec entonnoir qui nous permet de nous soulager est bouché, il n’a pas d’autres solutions que d’uriner dans sa botte. Nous avons bien ri de sa mésaventure.

Le 28 novembre, jour « J » nous sommes en vol au moment du tir. L’appareil a été doté d’un réservoir supplémentaire dans la soute qui nous apporte une autonomie en vol de 6 heures. Une douzaine de bouées de détection munies de compteur GEIGER  ont été réparties sur le massif et également à proximité d’un forage qui va à une profondeur voisine de la caverne où se trouve la charge nucléaire. Nous sommes sur une large orbite au-dessus du massif de granit lorsque le compte à rebours commence, H-15 mn, puis H-10 et une minute et enfin 5-4-3-2-1 Feu ! Je regarde aussitôt le paysage et rien ne se passe immédiatement mais ensuite le massif devient blanc et il y a des éboulis de rochers qui se forment de partout. Sous les ordres de notre contrôleur, nous commençons à écouter les crépitements sur les bouées. Nous transmettons les résultats de comptage et nous effectuons 5h25 de vol. A l’issue, j’ai les fesses engourdies et  notre dosimètre individuel n’indique aucune radiation reçue.

Le 1er décembre je vais avec les collègues de l’A.L.A.T à bord d’un hélicoptère H21 « banane » à l’ASSEKREM où se trouve l’ermitage du Père de FOUCAULD.
Charles de FOUCAULD était un ancien officier qui, converti trappiste, devint prêtre en 1901. Il mena, au milieu des Touaregs, une vie contemplative et charitable et réunit d’importants documents ethnologiques. Il y a une vue magnifique sur le HOGGAR et je signe le livre d’or ouvert pour les visiteurs. Le Père de FOUCAULD a été assassiné en 1916 par des pillards Senousis. Chaque jour, il priait et remerciait Dieu, de voir à chaque lever de soleil un paysage aussi merveilleux.

Hermitage du père Foucauld
L'hermitage du Père de Foucauld

Nous allons rester jusqu’au 8 décembre en Algérie, nous avons encore un vol à effectuer pour calibrer nos bouées qui serviront dans un an ou deux lors d’expérimentations nucléaires dans le Pacifique. Nous faisons également une excursion en avion de l’armée de l’air jusqu’aux gorges de l’ARAK. Le site est magnifique et il y a de nombreuses peintures rupestres qui montrent que le Sahara avait eu, il y a longtemps, une faune importante. Dans une rivière mi-souterraine il y a même des poissons et des grenouilles.

Nous voilà de retour en France le 8 et je suis bien content de retrouver ma petite femme et mes deux gamins. Il nous faut déjà rembarquer sur le FOCH et le 10 décembre, j’effectue un exercice avec un sous-marin.

Le 17 décembre, le sous-marin MINERVE disparaît corps et âmes vraisemblablement au large du cap SICIE près de Toulon. Nous effectuons de nombreuses recherches mais elles restent sans résultat car il a coulé par 2 400 mètres de fond, une quarantaine de marins sont portés disparus.

Je peux passer Noël avec ma petite famille, nous ne sommes que tous les quatre. Il n’y a pas de repos pour les fêtes et le 26 décembre je suis d’alerte S.A.R. Nous partons à la recherche d’un cargo en perdition : « LE MEJEAN », fort heureusement il est retrouvé rapidement et nous communiquons sa position au CROSS MED de Toulon. Nous n’avons fait qu’une grosse heure de vol et nous pouvons rentrer.
Les vacances sont les bienvenues le 31 décembre et je vais pouvoir souffler pendant 12 jours.

1965

Film

Film

La flottille 9F est définitivement affectée au porte-avions FOCH jusqu’au départ pour l’année prochaine dans le Pacifique Sud. En tant qu’officier, la vie à bord est beaucoup plus agréable. Je suis logé dans la tranche « Québec » et nous sommes à quatre dans une chambre. Je suis avec trois autres copains O.3.E pilotes. Il y a toutefois du bruit au mouillage car nous ne sommes pas loin des moteurs diesels qui fournissent l’électricité à bord. D’autre part, lorsque nous sommes en mer, il y a l’ouverture de la manche à saleté, et le matin nous entendons le bruit des bouteilles de bière qui tombent à la mer et qui, au large de Toulon, tapissent le fond de la Méditerranée.

Pour les deux équipages qui ont été désignés pour la mission de tir à IN AMGUEL, nous débarquons assez souvent pour la B.P.A.N de Hyères ou à la B.A.N de Saint Raphaël pour poursuivre l’expérimentation des bouées de détection Gamma. Les sorties du P.A en mer se font toujours du mardi matin au vendredi en fin d’après-midi et mon épouse vient me récupérer à la sortie de l’arsenal en voiture. Les week-ends se passent en famille. Les enfants se plaisent à Six-Fours et les écoles sont à proximité. Sanary est une petite ville touristique proche de la maison et de s’y rendre à pieds, est un lieu de promenade en bord de mer. Il y a aussi un beau marché typiquement provençal.

Comme tous les ans à la même époque il y a un grand exercice interallié : FAIR GAME III.

Durant notre mission en Méditerranée et alors que nous déjeunons, un des officiers, pilote d’Etendard IV me confie qu’il doit effectuer un vol d’entrainement au-dessus du sol français, mais il n’a pas d’idée. Je lui demande s’il peut aller sur Mervans et photographier mon village natal. Il trouve l’idée bonne et je lui donne toutes les coordonnées. Il est catapulté, va jusqu’au-dessus de Dijon, puis prend en photo la place du marché. A l’appontage, 01h30 plus tard, l’équipe photo récupère les clichés et peu de temps après j’ai cette superbe image. Je me rends compte, à ce moment que ma mère (contre mon avis) a fait couper le prunier situé derrière la remise…

Mervans

Du 11 mai au 26 juin nous effectuons de nombreux vols, puis la période des vacances arrive et nous débarquons du porte-avions pour regagner Hyères. Nos vacances d’été cette année sont programmées pour le mois d’août.
Il y a longtemps que j’avais formulé si nous pouvions, un jour, faire un vol de navigation terre jusqu’à mon village de Mervans (71). Cette demande nous est accordée par le commandement et je m’empresse de prévenir le maire Monsieur BOUCHARD, du survol de sa commune à basse altitude vers 10h30 du matin le 12 juillet 1965.

Ce jour arrive et je veux tout voir, cela va très vite car de Louhans à Mervans nous ne mettons que 4 minutes. De loin j’aperçois le clocher et au-dessus du bourg nous faisons un passage à basse altitude 200 pieds (60 mètres), puis un autre en configuration appontage à une vitesse de 80 nœuds avec train, volets et crosse d’appontage sortis. J’ai su plus tard que nombre de personnes ont cru que nous allions finir par nous poser sur la place du marché...
Maman était assise à sa fenêtre et mon copain André BRUSSON, le photographe, a pris des photos de nous en vol. Nous quittons la Bresse pour le Puy de Dôme dans les environs de La Palisse où l’EV1 BOYER a de la famille, nous survolons un magnifique château.

Nous effectuons cet entraînement sur l’ALIZE n°39 et le lendemain l’avion est mis en vol pour un petit exercice de navigation en mer. Il est piloté par le maître BOURDIER et ils sont trois à bord, dont un quartier-maitre autorisé par le Pacha, comme récompense. En phase finale d’approche, l’avion qui arrive de la mer pour se présenter face à la piste décroche et tombe à trois cents mètres de la plage. Les trois membres d’équipage sont tués et la commission d’enquête ne pourra pas déterminer avec certitudes les causes de cet accident. Cela nous fait beaucoup de peine de perdre trois des nôtres, je crois aussi que la baraka était avec nous la veille où nous aurions pu avoir le même problème...

Crash

Le commandant de la flottille me charge d’une triste mission. Je dois récupérer dans les caissons des victimes tous les effets personnels pour les restituer aux familles après inventaire et aussi faire le tri et détruire tout ce qui pourrait entacher la mémoire des défunts (en particulier photos, lettres...). La cérémonie des obsèques est très émouvante, elle est présidée par le Chef d ’Etat-major de la Marine.

Le mois d’août est le moment de nos permissions et la famille BARDOL vient pour la deuxième fois passer une dizaine de jours près de nous. Tout le monde profite de la plage et nous allons passer une journée sur l’île de Porquerolles. L’île n’est pas encore trop envahie par les touristes. Un samedi, je vais avec Maurice au marché de La Seyne sur mer et à notre retour il y a grand émoi. Christian en fouinant dans le débarras qui se trouve sous l’escalier à l’extérieur de la maison, a trouvé une fusée de détresse. Celle que j’ai conservée depuis les événements de Bizerte. Il a tiré sur la goupille et la fusée est partie dans le débarras provoquant une grosse fumée rouge. Elle ne provoque pas d’incendie mais nécessite l’intervention des pompistes, de la station-service ESSO située à une cinquantaine de mètres de la maison, munis de gros extincteurs. Heureusement il n’y a pas de blessé, juste une grosse frayeur pour Christian.

Au mois de septembre nous sommes embarqués sur le porte-avions CLEMENCEAU et le FOCH part en carénage avant le départ pour le Pacifique. Le déménagement est vite fait car nous n’avons que le quai à traverser de MILHAUD 5 à MILHAUD 6. Une quinzaine de jours passe et nous regagnons la base d’Hyères.

Survie en mer
Entraînement à rejoindre le canot de survie, après un crash en mer

Début novembre nous allons passer quelques jours à Saint Raphaël pour de nouvelles expérimentations de matériels pour les tirs du Pacifique et le 22 novembre nous décollons à deux ALIZES pour COLOMB BECHAR et IN AMGUEL. Nous savons que cette mission dans le sud algérien serait plus courte que la précédente, une quinzaine de jours environ.

Le voyage vers le C.E.O (Centre d’Essais des Oasis) se passe bien et nous savons ce que le commandement attend de nous. Le prochain tir est baptisé « Tourmaline » et nous effectuons plusieurs vols pour essayer le matériel et les bouées avec sources radioactives à proximité.
Le 1er décembre le tir a lieu et c’est le même scénario et les mêmes effets sismiques qu’il y a une année. En vol nous ne ressentons pas la moindre irradiation. Le 5 décembre nous sommes de retour à Hyères après une escale à BOUSFER. Nous avons cette année exceptionnellement un mois de vacances en hiver et  nous pouvons passer de bonnes fêtes en famille. Les enfants vont à l’arbre de Noël sur le P.A FOCH.

Equipage

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