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Navigateurs Aériens et DENAEde l'Aéronautique Navale |
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(1931-2018)
1974
Bonne nouvelle, en ce début d’année 1974. Un Breguet Atlantic est détaché pour un mois à Djibouti pour des missions de surveillance en Mer Rouge et dans le golfe d’ADEN. . Pour économiser les heures de vol, l’avion est relevé tous les deux mois et l’équipage est acheminé par le COTAM. Uniform Delta est le premier équipage de la 21 F, désigné pour effectuer la relève d’un équipage de LANN-BIHOUE.
Tout l’équipage est content de partir, car nous allons nous retrouver en frais de mission avec une solde doublée. Cela nous fera un bon pactole à percevoir à notre retour.
C’est à bord d’un DC8 du COTAM de l’armée de l’air que nous quittons l’aéroport du Bourget le 30 janvier 1974. Nous sommes chargés, car outre nos équipements, je dois emmener tous les documents et codes habituels nécessaires à l’accomplissement de nos missions. C’est une grosse sacoche, plus une valise plombée qui attirent immédiatement la curiosité de la police de l’air, des frontières puis celle des douaniers. Nous refusons d’ouvrir les bagages concernés.
Avec François, nous sommes installés en première classe, c’est super confortable pour dormir. Les officiers des autres armes, qui rejoignent leur affectation sur Djibouti, sont tous avec une calculette pour compter le fric qu’allait leur rapporter la campagne lointaine, ou regardent des plans de villa ou d’appartement.
Il s’agit donc de relever un équipage breton de LANN-BIHOUE et à l’issue de la mission nous rentrerons sur Nîmes avec l’appareil. En cette période de l’année il ne fait pas encore très chaud mais nous effectuerons tout de même nos missions dans la matinée.
Un jour sur deux nous allons patrouiller en Mer Rouge ou dans le golfe d’ADEN. Nous essayons de recueillir un maximum de renseignements sur les flottes russes qui sont stationnées dans les zones maritimes voisines d’ADEN et de BERBERA en Somalie. Dans le golfe d’ADEN, nous poursuivons nos recherches jusqu’à l’île de SOCOTRA. Au large il y a un trafic intense de pétroliers, certains sont gigantesques. Ils viennent de charger ou se rendent dans un des pays du golfe persique.
Sur le radar, il y a une multitude d’échos, la visibilité est excellente et nous cherchons plutôt les intrus, bâtiments de guerre ou des E.L.I.NT (bateaux espions russes munis d’appareils électroniques, ressemblant à des bateaux de pêche). En Mer Rouge le trafic est également important, et nous remontons souvent les côtes d’Arabie Saoudite. Au cours d’une de ces missions, nous repérons un cargo immatriculé au Libéria qui est échoué. Sur le pont du navire il y a des centaines de moutons et une multitude de dromadaires à l’abandon. La côte n’est qu’à quelques milles nautiques marins, il n’y a pas de route dans le désert. Il n’y a plus d’équipage à bord du bateau et les pauvres bêtes sont condamnées à mort.
Une semaine plus tard, nous retournons sur cette zone, tous les animaux sont morts et fort heureusement l’odeur pestilentielle ne peut pas se ressentir à bord de l’avion.
Question hébergement, avec François nous sommes logés au cercle des officiers et nous faisons chambre commune. Une jeune femme vient tous les jours faire le ménage, laver et repasser notre linge.
Au mess, nous faisons connaissance du chef de la Police de Djibouti. C’est un commissaire de Police venant de Marseille et qui est détaché pour deux années par le Ministère de la Coopération. L’homme a un abord vraiment sympathique et il va nous faire découvrir la ville et sa région.
A Djibouti, le chef de la police a ses entrées partout. Quel que soit l’endroit où il se présente, il impose le respect. Un soir nous allons, avec lui, dîner au restaurant et il insiste pour nous faire connaître la cuisine somalienne. Nous goûtons un poulet si épicé que François et moi n’avons pas souvenance d’avoir mangé, de notre vie, un plat aussi relevé. Trois bouteilles de Beaujolais sont nécessaires pour apaiser notre soif et éteindre le feu de notre palais. A l’issue, nous allons dans une boîte « bordel » de Djibouti où le chef de la police me fait passer pour un médecin et une des filles me montre son sexe cousu. Je ne vois rien, mais le beaujolais aidant, je suis pris de fou rire…
Nous faisons également connaissance d’un capitaine de gendarmerie d’origine kabyle, également très sympathique.
Avec notre commissaire, nous réalisons une balade dans le désert à la découverte de caravanes de dromadaires. Nous subissons une mini-tornade où le sable est aspiré jusqu’à un nuage. Le phénomène est impressionnant.
Toute la région est une zone sismique. Au cours d’un vol nous remontons une grande faille terrestre jusqu’au lac ASSAL. Le lac est de faible profondeur, il est un refuge pour des millions d’oiseaux migrateurs et en particulier des flamants roses.
Le 28 février 1974, nous quittons Djibouti. Nous avons effectué près de quatre-vingt heures de vol. Sur le trajet retour nous faisons une courte escale de ravitaillement sur l’aérodrome de SIGONELLA en Sicile. Nous voici enfin à la maison pour trois jours de repos, je me suis acheté une paire de jumelles et le reste de la famille profite de quelques cadeaux.
Il était temps de rentrer sur Nîmes, car nous subissons le 1er mars une tempête de neige, phénomène assez rare dans notre région. Il tombe plus de 30 centimètres d’une neige lourde, si bien que l’aérodrome de Nîmes-Garons reste fermé plus de huit jours.
Il y a de gros dégâts et les toits de deux hangars se sont effondrés sous le poids de la neige collante. Il n’y a pas de gros moyens pour déneiger et la neige est stockée en face du hangar de la 6F. Pour faire fondre l’énorme monticule de neige, on utilise le souffle des turbopropulseurs d’un appareil Breguet – Alizé mis en route.
Comme j’ai de bonnes relations avec le bureau administratif, l’équipage reçoit rapidement les frais de mission pour le séjour de Djibouti et la solde est quasiment doublée. Cela nous fait un bon pactole et aussi avec Juliette nous décidons de commander une verrière pour fermer le balcon de la cuisine de notre appartement à Nîmes-Ouest.
Le 2 avril 1974, le Président Georges POMPIPOU décède vers 20h00 à son domicile. Le Président est apprécié de nombreux français et le lendemain 3 avril, nous sommes plusieurs devant la télévision du carré des officiers pour suivre le journal télévisé de 13h00. Contrairement à ce qui s’était passé avec le décès du Général DE GAULLE, les quelques socialos ne sabrent pas le champagne.
C’est le Président Alain POHER, président du Sénat qui assume l’intérim à la Présidence de la République. Il faut déjà penser à la succession à la tête de la France et plusieurs candidats postulent à cette haute fonction : Jacques CHABAN-DELMAS, François MITTERAND, Valéry GISCARD D’ESTAING, et quelques inconnus comme Jean-Marie LE PEN, Arlette LAGUILLER et Jean ROYER etc.
De tous les candidats, seul Valéry GISCARD D’ESTAING vient sur Nîmes en campagne électorale et nous avons des places pour assister à sa réunion politique organisée dans le théâtre de Nîmes.
A 16h00 il fait son entrée sous une salve d’applaudissements et il expose ses idées et son programme en précisant qu’il a choisi Nîmes car c’est la plus importante ville de garnison de province. Il a l’intention de revaloriser la condition militaire et également de réorganiser les armées.
A l’issue du premier tour François MITTERAND et Valéry GISCARD D’ESTAING restent seuls en lice car ils ont obtenu respectivement 43,36 % et 32,85 % des voix. Arrivé en troisième position Jacques CHABAN DELMAS se désiste pour Valéry GISCARD D’ESTAING et lui apporte 14,64 % de voix.
Le 20 mai, Valéry GISCARD D’ESTAING sort victorieux des présidentielles avec 50,71 % contre 49,29 % à François MITTERAND. Toute la famille est réunie autour du téléviseur, en ce dimanche soir à 20h00, pour suivre sur la 1ère chaine télévisée l’évolution des décomptes. Les résultats arrivent du Ministère de l’Intérieur et des chanteurs sont là pour meubler les temps morts. Gilbert BECAUD n’apprécie pas qu’il soit interrompu dans sa chanson pour l’annonce officielle du succès de Valéry GISCARD D’ESTAING.
Pendant tout le mois de mai je n’ai pas volé, François GUILLOU étant moniteur, il effectue de nombreux tours de piste, et moi comme chef de la section entraînement je suis souvent occupé par le simulateur ATLANTIC.
16 juin 1974 : Dimanche, jour de la fête des pères…
Nous sommes invités toute la famille à déjeuner chez Paul et Rosy NOUGUIER (les propriétaires de SOLPERIERE) à ROGNES dans les Bouches du Rhône. Les NOUGUIER y possèdent une propriété avec du vignoble et de nombreux arbres fruitiers. Christian ne souhaitait pas au départ participer à cette journée à la campagne. Le temps est magnifique et nous passons la matinée à ramasser des cerises, Christian et William le fils unique des NOUGUIER tirent à la carabine à plomb. Les enfants font des tours de tracteur dans les rangs des vignes. Nous déjeunons à l’ombre des arbres de la maison.
En début d’après-midi William propose de faire un dernier carton derrière la maison. Dans une remise attenante à la maison il y a un tracteur et une échelle meunière accédant à un faux grenier. William décide de montrer la carabine de chasse de son père qui est emballée dans un sac de toile de nylon.
Il se trouve à ce moment à trois mètres plus haut et à quatre ou cinq mètres de Christian. Il arme la carabine, et appuie sur la détente pour relâcher le ressort. Un coup de feu claque, la carabine était armée. Pourquoi ? Quelques jours auparavant Paul avait vu un couple de perdrix dans ses vignes et il avait décidé de les tirer. Une cartouche est engagée dans la carabine de chasse 9 mm, mais les volatiles se sont cachés. L’extracteur de cartouche est cassé et au lieu de chasser la cartouche avec une baguette, Paul ne trouve pas mieux que de ranger la carabine dans la mezzanine située au-dessus du tracteur.
L’accident est arrivé, Christian reçoit la décharge de plombs dans le sein droit.
Nous avons entendu la détonation, mais nous pensons qu’il s’agit d’un pétard. C’est quand Christian se présente ensanglanté que nous réalisons de l‘ampleur de l’accident.
ROGNES est un petit village isolé et situé à une vingtaine de kilomètres de l’hôpital d’AIX en Provence. Je prends la décision d’effectuer le transport moi-même plutôt que d’attendre des secours. Je parcours rapidement les kilomètres avec la D.S 19 Citroën que nous possédons. Christian est allongé à l’arrière et nos méconnaissances en matière de secourisme ne nous permettent pas de l’installer confortablement en position semi-assise.
Dès son arrivée, Christian est pris en charge par le service des urgences, il est plus confortablement installé. Après des examens, Il est installé en observation dans une salle du service de réanimation. Il a le mamelon du sein droit déchiqueté, 75 plombs de petite taille (1,5 m/m) ont pénétré dans ses chairs, quelques-uns près des poumons, 4 se sont logés dans le foie. Dans son malheur, Christian a reçu la décharge de haut en bas, il est musclé et le coup l’a atteint du côté droit. Cela aurait pu être le cœur, le visage ou autre partie de son corps.
Christian est passé près de la mort, mais ce n’était pas son heure…
Je regagne ROGNES et retrouve Juliette, Jean-Luc et Françoise.
Le lundi matin nous avons des nouvelles et le mardi je réalise les formalités administratives de l’hôpital et j’organise le transport et le retour de Christian sur Nîmes.
Sur ma demande et avec l’accord du Docteur LUNEAU, chef de service, Christian est transféré par ambulance privée de l’hôpital d’AIX en Provence sur la clinique Pasteur de Nîmes. Le chirurgien, le Docteur BAILLE, va extraire quelques plombs et réparer le mamelon déchiqueté. L’opération se passe bien et dès le jeudi il peut rentrer à la maison Les soins et pansements seront effectués par Juliette.
Le 19 juin, j’établis la déclaration d’accident avec la famille NOUGUIER
Christian devait passer le bac français dans la semaine, c’est râpé et avec son certificat d’arrêt médical il pourra passer la session de rattrapage de septembre à MONTPELLIER.
En juin et juillet 1974 la coupe du Monde de football se joue en Allemagne. L’Allemagne gagne en finale contre les Pays-Bas.
Pendant le mois de juillet Christian récupère de ses blessures. Il est invité chez les MEUVRET à CRUVIERS au mois d’août, Albert prépare une pièce pour ranger sa collection de casques.
Au mois d’août je suis en vacances annuelles, nous avons loué la maison de SOLPERIERE, Christian nous y rejoint avec Marcel et Albert. Pour coucher, ils occupent la grange à foin qui appartient à des agriculteurs qui habitent le hameau de FONTBONNE.
En septembre Christian passe son bac français, Juliette l’a accompagné à Montpellier et il entre en terminale D (biologie) au lycée MONTAURY.
Le 1er septembre c’est le départ de François GUILLOU, affecté en Nouvelle-Calédonie. Je suis nommé à l’antenne PATMAR, chargé de l’entraînement des équipages sur simulateur Atlantic.
Mon nouveau chef de bord est le lieutenant de vaisseau BELON, et nous avons un crédit d’une centaine d’heures de vol ATLANTIC pour l’année aéronautique.
Le 9 septembre, exceptionnellement, nous disposons d’un appareil avec un crédit de quatre heures de vol. Nous sommes le vendredi et nous effectuons une navigation tactique dans le golfe du Lion. Il s’agit d’un simple vol de routine et sur le chemin du retour notre radariste signale un petit écho à quelques nautiques de notre position. Il n’y a pas de bateau en vue, ni barques de pêche et il s’agit en fait d’un périscope de sous-marin. Le submersible se trouve à ce moment-là à environ 25 nautiques (46 km) du cap SICIE.
Nous envoyons immédiatement un message flash à la préfecture maritime avec la position du sous-marin et en même temps nous descendons pour marquer le point de disparition par phoscar et fluorescéine. Nous recevons, en réponse à notre message, qu’aucun sous-marin français ou allié ne peut se trouver dans la zone et qu’il s’agit d’un intrus. Nous recevons l’ordre du PREMAR (Préfet Maritime) de maintenir le contact et il nous annoncé que tous les escorteurs d’alerte à Toulon vont appareiller pour pister le sous-marin inconnu. C’est le branle-bas général en troisième région maritime et après avoir épuisé toutes nos bouées acoustiques, nous sommes relevés après sept heures de vol par un ATLANTIC de la 22 F. De retour à la base, après un long débriefing, nous recevons les compliments du commandement et nous pouvons rentrer à la maison.
Pendant trois jours les escorteurs harcèlent le sous-marin d’origine soviétique qui finit par céder et fait surface au large des côtes algériennes à la limite des eaux territoriales. Nous sommes toujours en pleine guerre froide avec les soviets et la preuve est faite qu’en Méditerranée il ne doit pas y avoir que des sous-marins espions, mais aussi des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Leurs ogives nucléaires sont à la portée de n’importe quelles grandes villes européennes.
Comme j’ai beaucoup de temps disponible, je prends à mon compte la « gamelle » du carré des officiers de Caissargues. Le Président du carré me laisse toute liberté pour la gestion. J’ai un excellent chef cuisinier, le maître MARIE, un ancien de MATIGNON, nous élaborons ensemble les menus. Avant tout, nous voulons éviter le gaspillage, combien de mets sont jetés à la poubelle, de baguettes de pains achetées en trop ! C’est également la ruine avec le « casernet », c’est à dire les cuillères, fourchettes en argent qui disparaissent. Le « casernet » de gamelle dans la Marine, est le livre de compte pour l’inventaire du matériel de restauration des carrés des officiers. Je veille également à la prise en charge des officiers de passage. Nous avons souvent des équipages et des pilotes en détachement. Je me débrouille de les garder, administrativement, jusqu’au lundi matin. J’ai donc des recettes supplémentaires. Chaque mois, j’organise un repas amélioré et une soirée dansante avec un repas à thème.
J’ai conservé cette charge jusqu’à mon départ en Nouvelle-Calédonie et avec le boni nous avons pu construire la piscine, refaire le revêtement du court de tennis et acquérir de nombreux ouvrages pour la bibliothèque des officiers subalternes.
Ribote au carré
1975
Nous fêtons le nouvel an au carré de Caissargues, avec des amis et comme je m’occupe de la gamelle des officiers je concocte avec Juliette le menu de la Saint Sylvestre. L’organisation de la soirée donne satisfaction à l’ensemble des convives et nous nous amusons bien. C’est Jean-Luc qui est embauché comme disc-jockey.
C’est la mémé qui assure la garde de Françoise, elle est venue passer l’hiver auprès de nous.
Courant janvier, nous recevons une longue lettre de François GUILLOU qui se plait énormément dans sa nouvelle affectation à la 9 S de La TONTOUTA en Nouvelle-Calédonie. Toute sa famille (épouse et ses deux filles) est avec lui et l’idée germe dans mon esprit de demander une affectation outre-mer.
Début janvier, Christian se fait une entorse de la cheville en jouant au football, radio et plâtrage le soir à l’hôpital de Nîmes rue HOCHE.
Le 11 janvier 1975 : Baptême de l’air de Mémé BASSARD et Mémé MEUVRET
Vol sur Rallye. La grand-mère d’Albert MEUVRET et Maman se voient, avec Françoise, offrir une balade sur les hauteurs du Pont du Gard et la région de l’UZEGE. Ce baptême est fait pour deux mamies de 80 ans et une petite de 6 ans, à bord d’un petit monomoteur « RALLYE » piloté par un copain.
Comme chaque année, un officier de la direction du personnel militaire, reçoit tous les officiers de la B.A.N. en fin d’affectation ou ayant des désidératas d’affectation à formuler. Je le connais bien, il s’agit du Capitaine de Frégate SEILLAN un de mes anciens pilotes à la 4 F.
Je lui explique que je suis très bien à l’antenne PATMAR, mais que j’aimerais bien une affectation outre-mer, soit à la 12 S à Tahiti ou à la 9 S à La TONTOUTA. J’expose que je suis depuis six ans en flottille d’ATLANTIC et qu’un séjour sous les cocotiers me comblerait.
Il ne me promet rien, mais m’assure que ma demande sera examinée avec bienveillance.
A l’antenne PATMAR, je suis chargé avec le LV BELON du bon déroulement des exercices sur simulateur ATLANTIC. Nous réalisons de nombreux exercices tactiques en optimisant au maximum l’utilisation du simulateur. Tous les trois mois, nous préparons des examens pour l’obtention de mentions d’aptitude « opérateurs RADAR-MAD » et « contre-mesures électroniques ». Je dois préparer les questionnaires de l’examen écrit et je fais passer les oraux pour l’examen des contre-mesures (E.C.M) et le MAD.
L’obtention de ces deux mentions est très importante, car le titulaire qui obtient ces deux qualifications obtient automatiquement l’échelle de solde n° 4, équivalent au brevet supérieur.
Nous choisissons le mercredi pour faire réaliser par les techniciens, la maintenance du simulateur, et quand une des deux flottilles veut bien nous prêter un ATLANTIC, nous effectuons une petite navigation tactique.
Le 15 mars 1975, par une circulaire ministérielle, je suis affecté à l’escadrille 9 S à la B.A.N TONTOUTA en Nouvelle-Calédonie. Je dois rallier le 1er mai.
L’escadrille 9 S est dotée de deux DC3 ou C47, d’un C54 (la version militaire du DC4) et d’un P2V7 Neptune dont je serais le coordinateur tactique de l’équipage.
Je téléphone aussitôt la bonne nouvelle à Juliette, beaucoup de points de détails sont à traiter dans les meilleurs délais et je m’y attache immédiatement. L’affectation est pour deux ans et nous pouvons partir en famille, j’envoie un message NTX à François (le message NTX est un message non classifié acheminé par la Marine, non prioritaire) plus rapide qu’une lettre et lui demande, sur ce message, de nous trouver un logement même de façon provisoire.
Pour une affectation de deux ans dans ce territoire d’outre-mer, nous ne déménagerons pas, Christian continuera d’occuper l’appartement de Nîmes. C’est pour lui, l’année où il doit passer le baccalauréat et s’il l’obtient, il pourrait poursuivre des études sur Nîmes ou aller dans des écoles préparatoires. Donc pour Christian tout se régularisera en juillet en fonction de ses résultats scolaires.
Jean-Luc vient de passer son brevet, il doit s’orienter vers un lycée technique et nous devrions trouver ce qui nous intéresse à Nouméa. Quant à Françoise, elle va avoir six ans cette année et devra rattraper les deux mois de scolarité manquée (la rentrée scolaire en Nouvelle-Calédonie commence le 1er février).
Je suis en permission à partir du 1er avril, ce qui me donne le temps de régler beaucoup de problèmes administratifs, de trouver un déménageur pour expédier quelques malles et transporter la DS 21 sur Nouméa.
En étant officier, marié avec trois enfants j’ai droit à un poids et volume en bagages maritimes qui me permettent d’emmener ma voiture qui pèse près d’une tonne et demie.
Au moment où le message NTX aurait dû parvenir à François, celui-ci est avec les appareils de l’escadrille sur Brisbane en Australie. Un cyclone est en train de passer sur la Nouvelle-Calédonie et les avions ont été mis en sécurité sur le sol australien. Il me répond par une grande lettre où il me dit avoir trouvé un F4 dans le quartier de Magenta, dans un immeuble neuf et que cela pouvait être provisoire.
Nous ramenons à MERVANS la Mémé, elle a été, semble-t-il, heureuse de passer quelques mois d’hiver vers nous et nous restons une semaine à Mervans. Bien sûr nous avons tous le cœur serré lors de la séparation puisque nous serons bientôt de l’autre côté du monde à 20 000 km.
Elle sait que le temps passe vite et je lui promets de lui écrire souvent et qu’elle aura de temps en temps la visite de Christian. Nous allons aussi aux Pennes Mirabeau dire au revoir à Mémé Annette, Philippe, Georges et à la famille BRIAND.
Le 27 avril nous quittons Nîmes. Un train rapide part de Nîmes à 10h30 et nous laissons Christian sur le quai. Nous lui promettons qu’il viendrait passer les vacances scolaires de deux mois en Nouvelle-Calédonie, cette possibilité est offerte, pour un seul voyage, aux enfants restants en métropole. Nous voyageons en première classe, de façon confortable et le midi nous allons déjeuner au wagon-restaurant. Aussitôt arrivés à PARIS, nous nous rendons au bureau des passages, 2 rue Royale, afin de retirer nos billets pour le vol sur la compagnie U.T.A.
Yannick DAMBLANT vient nous réceptionner et nous aider dans nos déplacements.
Le décollage doit avoir lieu vers 22h00 et nous devons faire escale à BARHEIN, SINGAPOUR, et SYDNEY. Les formalités d’embarquement sont assez rapides et nous sommes heureux d’être installés dans le DC10. Quelques temps après le décollage un repas est servi et sept heures plus tard, nous atterrissons à BAHREIN, petit état des émirats arabes unis. Notre escale ne devrait durer qu’une heure, mais nous apprenons qu’une panne est survenue sur un des instruments assurant à pressuriser l’appareil. Il faut attendre qu’un autre appareil en remplacement depuis PARIS…
Nous voilà au moins pour douze heures dans la salle de transit, au bout d’une heure nous sommes invités à prendre un repas au restaurant de l’aérogare, un petit déjeuner consistant de style anglo-saxon mais sans le fameux bacon. Françoise commence à courir un peu partout, et nous sommes tenus de ne pas dormir car en vraie polissonne il faut la surveiller sans répit. Des passagers commencent à se coucher par terre pour se reposer et je confectionne, avec deux fauteuils, un lit pour que Françoise dorme un peu. Trois heures plus tard, il nous est servi un repas copieux et je pense qu’il nous donne à manger pour nous faire passer le temps. Dans l’après-midi, le chef d’escale, devant la rouspétance d’un nombre de passagers commençant à trouver le temps long, décide d’affréter de vieux autobus locaux pour nous faire visiter la ville.
Ce sont de vieux bus allemands, datant certainement d’avant la dernière guerre mondiale, et à la mise en route, le nôtre prend feu au niveau du moteur et nous évacuons en vitesse. BARHEIN ne connaît pas encore un grand développement, il n’y a que de vieilles maisons et pas grand-chose à voir hormis une jolie palmeraie avec un très beau bassin naturel avec une eau limpide. Quelques jeunes anglais, éméchés par les nombreuses bières consommées à l’aéroport, plongent tous habillés dans le bassin et déclenchent le fou rire des autres passagers.
Retour à l’aéroport, et il fait nuit. De nouveau repas et enfin nous pouvons décoller vers 22h00, après une escale forcée de 12h00.
Il faut également sept heures de vol pour rallier Singapour, et il fait jour lorsque nous atterrissons. La condensation est tellement forte sur les hublots que nous ne pouvons rien voir à l’extérieur. Nous allons passer une heure dans la salle de transit pendant cette escale technique et tout le monde en profite pour faire un brin de toilette, se rafraîchir et moi pour me raser de près.
Décollage et sept heures plus tard nous voici à SYDNEY. Nous traversons l’Australie de jour et nous apercevons les zones désertiques des terres que nous survolons. Comme nous allons à la rencontre du soleil, la nuit arrive très vite et c’est vers 23h00 locales, que nous allons découvrir l’accueil australien. Celui-ci se caractérise par une attente de 30 minutes et au bord de l’asphyxie due aux gaz vaporisés dans la cabine par les services vétérinaires du service de l’agriculture australien.
Il ne nous faut plus que deux heures pour aller en Nouvelle-Calédonie, et il est alors trois heures du matin le 30 avril lorsque notre appareil se pose à La TONTOUTA. François est venu nous chercher et à cette heure inhabituelle, les douaniers ne sont pas trop tatillons. Nous roulons encore une heure pour rejoindre la résidence de Magenta. L’appartement est meublé sommairement, François l’a équipé de l’essentiel et nous apprécions surtout de retrouver un lit.
La 9S à la B.A.N. TONTOUTA
Le 1er mai est un jour férié et c’est le 2 mai que je commence à travailler. C’est également le jour de la prise de commandement de la 9 S par le capitaine de frégate LAPOYADE-DESCHAMPS qui est reconnu par le Capitaine de Vaisseau VERDIER. Je fais, par la même occasion, la connaissance de mon futur chef, l’officier des équipages de 1ère classe BOSSE. En fait, à part le commandant (un ancien de la 22F) et François, je ne connais personne.
Pour son arrivée en Nouvelle-Calédonie Juliette a une forte angine et de la fièvre. Nous sommes obligés de faire appel à un médecin de la Marine en consultation et nous devons décliner l’invitation à dîner du commandant.
Particulièrement dans mes nouvelles fonctions, je suis nommé chef des Services Généraux et chef du service photo. Je suis spécialement coordinateur tactique de l’équipage du P2V7. Il y a deux officiers mariniers navigateurs avec moi, MARTIN et BRIAND, et pour les nombreuses liaisons à assurer avec le C54, nous partagerons les vols. De beaux voyages sont envisagés dans l’avenir…
Il nous faut attendre un mois pour réceptionner nos malles et la voiture. En attendant, notre installation à Magenta est des plus sommaires. Avec la camionnette Citroën « Junker » de l’escadrille, je vais toutefois récupérer quelques meubles au service ameublement du commissariat. Nous commençons à découvrir la ville de Nouméa et il y a de très beaux quartiers, notamment au bord de mer vers l’anse VATA.
Nous effectuons notre premier voyage avec le DC4 vers l’île de NORFOLK qui se trouve à mi-distance de la Nouvelle-Calédonie et de la Nouvelle-Zélande. Il s’agit d’un territoire australien qui servait autrefois de lieu de déportation pour des bagnards. L’île bénéficie d’un statut de port franc et il y a une multitude de commerces en DUTY free. Pour toutes les épouses nous accompagnant, c’est un régal d’effectuer des emplettes. Avec François, nous louons un véhicule, ce qui nous permet de faire le tour de l’île et de monter au point culminant. L’île a une forme bien ronde, verdoyante avec des pâturages où broutent vaches et moutons. Il n’y a pas de plages et ce sont des falaises impressionnantes qui dominent un océan d’une eau bleue marine. Nous sommes surpris de voir les vaches s’approcher si près des précipices.
Nous gardons un bon souvenir de notre premier voyage et au retour, nous ne sommes pas embêtés par les douaniers.
Ile de Norfolk
Nous venions de recevoir quelques meubles et un samedi matin alors que nous aménageons l’appartement et que Juliette astique ses meubles, nous avons une visite surprise. Un homme se présente et demande s’il est chez monsieur BASSARD. Il se présente comme André TARRILLON et demande si nous étions apparentés aux BASSARD de MERVANS. Bien sûr je reconnais immédiatement André qui, trente ans après, a gardé sur le visage ses traits d’adolescent.
Comment nous a-t-il retrouvés ?
André possède un bureau voisin de la société de déménagement qui s’occupe de nos effets. Sur un container qui m’était destiné, il a vu le nom « BASSARD ». Est-ce le Georges BASSARD qu’il a connu et qui était un bon copain de 1940 à 1945 ? André veut en en avoir le cœur net et vient à notre domicile.
Nous avons énormément de choses à nous raconter et il nous apprend qu’il est directeur de la SOCEA pour l’adduction d’eau potable sur la ville de Nouméa. Il nous donne rendez-vous le lendemain dans sa villa de la pointe CHALEIX.
Nous avions remarqué, sur les hauteurs de la pointe CHALEIX une magnifique villa, et nous nous étions dits que les personnes qui y résidaient devaient être des nantis. Quelle ne fut pas notre surprise, quand nous avons suivi la voiture d’André, de voir qu’il s’agissait de leur résidence. Nous sommes reçus à bras ouverts par Lise, son épouse, et leurs trois enfants dont deux filles, un peu plus âgées que Françoise.
Cela fait deux mois que Françoise a changé d’école, avec un travail assidu et l’aide de sa maman, elle rattrape son retard de début d’année scolaire. Quant à Jean-Luc, il est au collège et il passera cette année son B.E.P.C.
En juin, nous effectuons notre première SURMAR en équipage, avec le P2V7 NEPTUNE. Sur la côte ouest, il y a peu de bateaux de pêche, nous allons jusqu’à l’extrémité nord avec l’île Surprise. Il s’agit d’une île de sable qui est équipée d’une station météorologique automatique, en particulier elle renseigne les baisses de pression atmosphérique et la force des vents. Ce sont des indicateurs précieux pour l’alerte cyclonique, phénomène météo assez fréquent dans cette région du Pacifique.
En juillet, Christian nous annonce qu’il a échoué au bac. Je fais le nécessaire pour qu’il puisse venir en Nouvelle-Calédonie au mois de septembre.
Ce même mois, nous effectuons avec le C54, 2 vols pour passer des week-ends aux Nouvelles Hébrides et plus particulièrement à Port Vila. C’est la compagnie aérienne U.T.A qui s’occupe de la logistique. J’emmène Juliette avec Françoise et parfois Jean-Luc et nous ne payons que 40% du tarif UTA passagers. C’est un prix très abordable, quant à moi je suis en frais de mission. Nous logeons à l’hôtel HERAKOR au bord du lagon. Nous avons le tarif « équipage » et à chaque voyage nous occupons un super faré.
En août, nous avons une grosse activité aérienne et nous effectuons six SURMAR. Ce sont des vols d’environ six heures, ils s’effectuent autour de la Nouvelle-Calédonie et des îles Loyauté.
Le 26 août, nous poussons nos recherches jusqu’à l’ilot MATTHEW, à mi-chemin de la grande terre et de NORFOLK. Cet îlot est d’origine volcanique et inhabité, il dépend du COMAR et il est important pour la zone de pêche. Nous effectuons également deux recherches S.A.R. pour un voilier surnommé ANTARES et deux autres petits voiliers en difficulté. Les recherches sont couronnées de succès.
Le 11 septembre 1975, Christian arrive en vacances. Nous sommes heureux de revoir notre grand garçon, cela fait plus de quatre mois que nous l’avons laissé en France. Pour ma part je ne profite pas, comme d’habitude, de sa présence car le 13 septembre nous devons rallier Tahiti pour la visite technique du P2V7. Le séjour doit être de huit jours. Il est prévu que nous ferions, à l’aller comme au retour, escale à PAGO-PAGO. Il faut presque quinze heures de vol pour rejoindre Tahiti.
En partant le 13, avec le franchissement de la ligne de changement de date et en passant une nuit à l’hôtel sur PAGO-PAGO, nous atterrissons à FAAA le 13…
A FAAA nous avons un accueil chaleureux par la 12S avec l’officier en chef des équipages POISSY, commandant l’escadrille. C’est un accueil dans la pure tradition polynésienne avec de nombreux colliers de fleurs. Après huit années passées, je retrouve IAORANA Villa, le cercle des officiers du C.E.P. Nous ne sommes pas loin de PAPEETE et nous avons à notre disposition un mini car.
Debout : Bassard (cotac) - ? - ? - ? - Martin (nav) - ? - ?
Accroupis : ? - ? - ? - ?
Le 19 septembre, Christian profite d’une liaison sur l’île des pins.
Le 22 septembre, nous sommes de retour à Nouméa, le 28, nous allons toute la famille en balade jusqu’à Bourail, petite ville de la côte ouest. Cette ville est connue par sa roche percée et ses cowboys caldoches car la région est consacrée à l’élevage des bovins. La plage roule sous les vagues formées par un vent d’ouest et sur la grève, les enfants trouvent des restes de nautiles.
Le 30 septembre, je pars en mission à Sydney. Il s’agit d’un voyage au profit du Haut-commissaire de la République pour emmener des anciens combattants. Juliette cède sa place à Christian et cela va permettre à notre grand de découvrir un peu l’Australie, la « plus grande île du monde ».
Il y a sept heures de vol avec le quadrimoteur DOUGLAS C54, pour rallier Sydney. Après avoir quitté la Nouvelle-Calédonie il n’y a que l’océan Pacifique, je réalise une navigation astronomique avec une ligne de position toutes les trente minutes. Nous volons à une altitude de 8 000 pieds (2 500 mètres) à une vitesse de 180 nœuds (333 km/h) et nous pouvons apercevoir sur quelques récifs isolés, de nombreux bateaux épaves qui se sont échoués et qui rouillent. Le repas U.T.A. est servi au plateau, toujours très bon et ceux qui le souhaitent, peuvent l’agrémenter d’une bonne flûte de Champagne.
Après une arrivée aisée et des formalités de douane et de police nous nous rendons à l’hôtel HYATT. L’hôtel est situé pas très loin du centre-ville, nous sommes logés dans une chambre double très confortable et nous sommes en quartier libre pour cinq jours. Nous pouvons à loisir visiter cette magnifique ville, nous utilisons les bus ou trolleys et nous n’avons pas peur de marcher. Nous montons au sommet d’un des plus hauts buildings de la cité, avec vue sur la baie et l’opéra de Sydney, ainsi que le pont gigantesque qui franchit la baie.
Christian à Sydney
En empruntant un bateau qui franchit le chenal, nous allons visiter de l’autre côté le « TARONGA Zoo ». Il s’agit d’un zoo où tous les animaux endémiques à l’Australie sont représentés : kangourous de toutes sortes, ornithorynques (l’animal ovipare à la tête de canard, palmé et équipé comme un castor …), il y a bien sur les koalas avec un centre de soins. Ces petits animaux ont un pelage fourni et soyeux qui leur donne l’aspect d’un ours en peluche. Nous achetons des peluches de koalas qui sont réalisés en fourrure de kangourou.
Pour nos repas nous déjeunons dans quelque fast-food et des restaurants italiens, parfois nous dinons dans la chambre. J’attrape froid avec la climatisation et je suis un peu enrhumé. Nous allons également voir en V.O non sous-titré un film catastrophe : Tremblement de terre, avec dans le rôle principal CHARLTON HESTON.
Le 5 octobre nous refaisons le vol inverse et nous regagnons Nouméa.
Le 10 octobre, nous décollons avec le P2V7 pour une mission de secours maritime, à la recherche d’un bateau formosan qui a lancé un S.O.S. Après deux heures de recherches, nous le découvrons échoué sur les rochers de l’ilot MATTHEW. Il y a de forts brisants et le bateau a été drossé sur de gros blocs. L’équipage a pu rallier la partie plate de l’ilot et en passant à basse altitude nous voyons les naufragés faire de grands signes. Ils ont écrit avec des cailloux « 20 CREW », nous décidons de leur larguer toutes les victuailles que nous avons dans l’avion et en particulier les baguettes de pain. Nous réussissons parfaitement ce bombardement particulier à 110 nœuds et à 150 pieds (30 mètres) d’altitude.
Le navire échoué sur les brisants
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Arrivée des Formosans
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Nous alertons COMAR NOUMEA qui fait appareiller aussitôt un bâtiment de secours, celui-ci recueillera les victimes du naufrage, sain et sauf. Deux jours plus tard, au retour du bateau sauveteur nous sommes allés à CHALEIX voir nos rescapés du YUNG-MINH et grâce à un traducteur, ils manifestent à l’équipage beaucoup de gratitude. Il pleut des trombes d’eau.
Nous n’aurons plus le C54 pendant quatre mois environ, il est convoyé en France par François GUILLOU, c’est un très beau voyage avec BRIAND comme navigateur. Au retour, c’est l’escadrille réception convoyage, qui ramènera l’appareil à la TONTOUTA.
Inspection de tenue à la 9S
Christian a trouvé un petit boulot à la S.O.C.E.A avec André TARRILLON. Les travaux d’adduction d’eau de Nouméa sont terminés et avant la livraison à la ville du chantier terminé, il faut étalonner le débit des pompes qui puisent l’eau dans la vallée de la DUMBEA. Pour cela il touche un bon salaire et il déjeune souvent au restaurant du col de KATIRAMONA.
André a de nombreuses connaissances et nous sommes introduits dans le milieu assez fermé des Calédoniens caldoches. Parmi eux nous sympathisons avec Andrée BAUMIER qui devient une grande amie.
Nous ne sommes restés que deux mois dans notre premier logement, nous avons déménagé au bout de la cité MAGENTA, dans un petit immeuble tout neuf. Nous l’équipons entièrement avec du mobilier neuf, que ce soit réfrigérateur, gazinière. Avec quelques bouteilles de pastis et de whisky donné au responsable du mobilier loué, je peux m’arranger. Je pose également de la moquette dans la salle à manger et j’installe un gros climatiseur.
Nous achetons à la famille TARRILLON quelques beaux meubles, en particulier un grand lit en 180, des tables de nuit et une commode. Ces meubles sont toujours à Nîmes.
Le 15 octobre une journée des familles est organisée sur l’ilot LA RAYNIERE, sur la côte ouest. Le transport se fait par un bateau transport de troupe, débarquement sur la plage. Baignade et barbecue sur la plage sont au programme.
L'îlot la Raynière
Christian repart à Nîmes le 11 novembre. Il convoie une petite chienne caniche « Toy », Jessie qui appartient à la famille TARRILLON. Avec les contraintes vétérinaires les maitres ne pouvaient pas la ramener en France dans de bonnes conditions. En effet, je ne me souviens plus mais soient ils rentraient par Los Angeles avec un stop over, soit par la route des Indes en profitant de quelques jours de congés. Il faut demander l’accord du commandant de bord du DC10 d’U.T.A pour que l’animal soit autorisé en cabine.
Ce n’est sans doute pas avant presque deux années que nous reverrons notre grand garçon, son intention est de s’engager dans les sapeurs-pompiers de Paris.
En décembre, avec les C47 Dakota (le DC3), nous effectuons de nombreux aller-retour entre la TONTOUTA - SANTO et PORT VILA. Nous transportons gendarmes, policiers et même des miliciens anglais suite à des grèves. Nous convoyons également deux tonnes de viande bovine.
Les conditions sanitaires sont des plus précaires, les moitiés de bœuf sont posées sur des bâches dans la carlingue. Ce sont des ordres du Haut-commissariat, qui en raison de la grève d’Air Calédonie, permet de poursuivre le négoce de la viande entre les Nouvelles Hébrides et Nouméa.
Nous n’avons pas de permission pour les fêtes de Noël comme c’est de coutume en métropole, mais on peut considérer qu’ici, ce sont les vacances en permanence. Il n’y a rien de bien fatigant, nous ne travaillons pas l’après-midi. Une fois par semaine nous déjeunons au restaurant de l’aérogare et les autres jours nous sommes en vivres payées.
Pour le Jour de l’An, nous invitons André TARILLON et Andrée BAUMIER. Rien ne manquait à la table, il y avait en particulier foie gras et Champagne.
André est venu liquider les restes de la société, vendre tout ce qu’il pouvait, le reliquat partant au rebus. Cela revient trop cher de rapatrier des effets sur la métropole. J’ai pu récupérer une dizaine de malles en fer et surtout une très grosse machine à laver le linge entièrement automatique.