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Navigateurs Aériens et DENAEde l'Aéronautique Navale |
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(1928-2020)
CHAPITRE 3
Faut pas prendre les canards sauvages pour des enfants du Bon Dieu.
Le 7 avril 1949, en débarquant du Junkers 4S 42 sur la base de Lartigue-Tafaraoui, mon premier contact avec l’Afrique est éblouissant. Le soleil, les couleurs, le paysage, les odeurs, tout me frappe et m'enchante. Quel régal ! je suis enfin à pied d'œuvre et, dans ce merveilleux cadre, on va voir ce qu'on va voir !
BAN Lartigue - Ecole du Personnel Volant
en 1946 - De haut en bas : Catalina, JU 52 et Wellington
Nous entendons surtout une sévère mercuriale de la part du Commandant de l’Ecole du Personnel Volant [Jean Gravand] : nous sommes quelque chose comme la lie de la Marine et si on nous a envoyés chez lui, c’est parce que nous sommes mal classés, donc bons à rien ! Il en est manifestement resté au temps où il fallait envoyer par ordre les officiers de marine dans l'Aéro car, après tout, ils estimaient qu'ils n’avaient pas fait l’Ecole de l’Air, mais Navale ! Il faut beaucoup de diplomatie - le Commandant n’est pas commode, mais alors pas du tout ! - pour lui faire comprendre que nous sommes volontaires et que si nous avons été si peu brillants en tant qu'élèves-officiers, c'est parce que nous n'étions pas vraiment intéressés par les nœuds marins, la bouline et les canons de marine. Il nous fait comprendre, à l’aide de mots énergiques - qui ne nous touchent guère, nous en avons entendu d’autres ! - que 1'ère de l'acquisition de « connaissances d’homme du monde » est terminée et que nous sommes là pour travailler dur. Et comme j'ai le meilleur, ou plutôt le moins mauvais rang de sortie des EAR, je me trouve promu chef de détachement. Pourquoi faut-il que le sort s’acharne sur moi de cette façon ? A moi les ennuis, surtout pas les honneurs ! Je me trouve affublé de huit « subordonnés » parfaitement indisciplinés et revendicateurs, ils me jouent presque tous les jours « Le Cuirassé Potemkine ». Un exemple : Le Commandant a décidé que, dans le but de parfaire notre éducation maritime, il est absolument nécessaire d’aller chaque dimanche faire de la voile au club de la Marine d’Oran. Réaction générale : « Il n'en est pas question, la Marine qui flotte, ça suffit ! ». Je vais porter la réponse du groupe aux autorités, avec une proposition : « L'Escadrille voisine, la 4S, possède dans ses hangars un planeur et un Morane 500 équipé pour le remorquage. Nous préférons faire du vol à voile ». Je me vois déjà dans un cul de basse fosse car mes copains m’ont envoyé au casse- pipe : « C’est toi le chef, c’est à toi d'y aller ! Nous frôlons le délit de désobéissance caractérisé, et, comme dans les tragédies antiques, c’est toujours le messager qu'on sacrifie quand les nouvelles sont mauvaises, je suis très mal parti. Eh bien, j’aurais dû faire carrière dans la diplomatie, car je parviens à obtenir le vol à voile en acceptant la voile, en alternance. Personne ne m'en saura gré. Quand on est chef, il est naturel d'être exposé aux coups bien plus que ses troupes, c’est la vie, et je suis en train de l'apprendre. Enfin, je dois reconnaître que, si le vol à voile est plus que plaisant, les séances de voile ne sont pas désagréables. Elles ne se passent pas toujours dans la plus stricte orthodoxie question vocabulaire maritime : lors d'une séance sur le vieux cotre « Le Printemps » il est plus question de ficelles et de cordes que de drisses et d'écoutes ! Mais quel beau sillage ! Finalement, nous jouons les « mangeurs d'écoute » avec entrain. Il y a quand même une tentative d'éperonnage involontaire et heureusement avortée du paquebot « Ville d'Oran » par un des mouille-culs du Club de la Marine armé par deux anciens élèves des Arts et Métiers. Toute manœuvre foireuse n'est quand même pas toujours le lot des « aviateurs »! Leur coup raté, nos camarades s'enfuient, penauds, se déhalant avec leurs petites mains sur la coque du paquebot, sous les quolibets de l'équipage. Heureusement, celui-ci ignore toujours que les deux « soldats » en question appartiennent à la Royale ! Car, après tout, nous sommes quand même Aspirants « de Marine » ! Une triste mésaventure - en est-il de gaie pour celui qui en est victime ? - vient le rappeler à l'un des « BSAU » . Muni, comme nous, de sa visite médicale du Personnel Navigant civil, porteur de lunettes mais parfaitement apte au beau métier de Navigateur, il va passer sa visite du Personnel Volant (1) à Alger, avec toute notre joyeuse bande. Il est refusé ! Il nous quitte derechef et est reversé dans le Service Général, puisqu’il est Chef de Quart par la grâce de l'Ecole des Aspirants de Logonna. Il se retrouve donc officier en second ou en troisième sur l’« Orne », un LST qui assure le service Toulon-Afrique du Nord. Un LST (Landing Ship Tank) est un navire, si tant est qu'on puisse appeler ça comme ça, en forme de baignoire et qui a les qualités nautiques de cet accessoire de salle de bains. Destiné au débarquement de chars d'assaut sur les plages son fond plat lui confère une aptitude prononcée au roulis quand la mer atteint la force un (peut-être même avant, disent les mauvaises langues). Quand j'aurais précisé que camarade auquel arriva cette mésaventure est arrivée celui d'entre nous que rendait malade la vue du moindre objet flottant, on comprendra qu'il est catastrophé en apprenant son affectation. Que croyez-vous qu’il arrivera ? Il assurera son service avec beaucoup de mauvaise volonté - ça a été et c'est toujours sa spécialité - et il ne sera jamais, mais vraiment jamais, victime du mal de mer. La rage lui tiendra lieu de Nautamine. Il fera tant et si bien, remuera ciel et terre, mer et ciel plutôt, qu’il reviendra au cours de navigateur suivant, passera cinq ans dans l'Aéronavale et fera carrière à Air-France. Et maintenant, soixante ans plus tard, il porte des lunettes moins souvent que moi à qui l'âge a apporté cette prothèse !
Passé l'obstacle de la visite médicale, les choses sérieuses commencent. Après le purgatoire des dragueurs de mines, nous sommes à pied d'œuvre et nous enchaînons les cours au sol, l'entraînement sur simulateur de navigation - appelé « boîte à fous » - et... les vols d'application. Enfin ! C’est une période exaltante, comme tous les débuts de passion.
Ces premiers vols se font sur Avro « Anson ». Cet ex-bombardier léger britannique date d'avant la seconde guerre mondiale. Sa structure est mixte : tubes de métal pour le fuselage, bois pour les longerons d’ailes, le tout étant entoilé. L'ensemble est propulsé par deux petits moteurs actionnant des hélices qui ignorent la mise en drapeau. Ca manque de modernité. Mais il en est de même pour tous les avions de la Marine qui ont tous de nombreuses heures de vol ; souvent de vol de guerre, à leur actif.
Lartigue 1950. Avro Anson de la 56S
Nous volons aussi sur Vickers « Wellington ». Voilà un des avions chers à mon cœur ! Quelle splendide machine ! Je vais faire rire plus d'un de mes vieux camarades en écrivant cela, mais cette opinion toute personnelle, je l’ai depuis mon premier vol sur cet avion, et elle ne me quittera pas. L'affection ne se commande pas et j’en ai beaucoup pour cette vieille chose ! C'est, comme l'Anson, un bombardier conçu en Grande Bretagne avant-guerre. Il en a été construit plus de dix mille, plus que de tout autre avion du Bomber Command de la RAF, De construction métallique entoilée, sa structure géodésique, semblable à une sorte de grillage, est souple et extrêmement solide. Ses moteurs Hercules tiennent merveilleusement le coup, étant donné leur âge ! C’est à bord de cet appareil que j'apprends vraiment mon métier, d'autant plus que je le retrouverai à la Deuxième Flottille, à Dakar, où je ferai ma première affectation comme navigateur au sortir de l'école. C’est cela, bien sûr, qui explique l'affection que je porte à sa mémoire : on n’effectue pas plus de trois cents heures de vol ensemble sans que cela crée des liens ! Il doit rester, quelque part en Angleterre, dans un musée aéronautique, un de ces avions mythiques. Je devrais bien faire l'effort de me renseigner et d’y aller tant qu’il me reste un peu de mobilité ! Ou alors, puisque l'heure est aux reconstitutions historiques et aux répliques de « war birds », je m'inscris pour une part dans l'Association qui se créerait pour reconstruire un Wellington. Et s'il faut un navigateur, je suis prêt à partir pour un tour du monde. Chiche !
Vickers Wellington
Mais de tour du monde, en avril 1949, il n’en est pas encore question. Il s’agit d'apprendre le B A. BA de la navigation aérienne. Du moins, pour nous les « BSAU », c’est de pratique dont nous avions besoin. D’ailleurs nous l'avons indiqué (d’une manière idiote comme vous l'aller voir), dès le début de notre séjour. Notre instructeur de navigation est un Enseigne de Vaisseau de Première Classe de Réserve servant en situation d’activité (Ouf !). Au bar du carré des officiers, le soir de notre arrivée, il se présente: « Je suis votre instructeur de navigation ». Il ajoute qu'il a l'intention d'entrer à Air France dès qu'il aura passé le Brevet Supérieur de Navigateur Aérien. Exclamation des « BSAU »: « Oh ! Mais c'est difficile ! ». Réponse : « Mais non, je l'aurai facilement ! ».
Il nous sera difficile après cela d’avoir des relations détendues avec notre instructeur D’autant plus qu'il nous présente le poste navigateur du Wellington en disant : « Voilà l'endroit où vous vomirez tripes et boyaux ». Il parle par expérience, mais tandis qu'il souffrira mille morts pendant les vols, rien de cette sorte ne nous arrivera jamais ! Pour conclure, je dois dire qu’on ne l'a jamais vu à Air-France...
Nous avons pourtant bien des choses à apprendre. L'Anson, sur lequel nous débutons nos vols, a ceci d'agréable que l'on a une bonne visibilité de la place navigateur, ce qui n'est pas toujours le cas sur les autres types d'avions de ce temps. Cela me permet de découvrir le bled algérien, le plus souvent à très basse altitude. Le vol rasant est un sport pratiqué par la majorité des pilotes de l’Escadrille-école. Il permet un recalage facile de notre navigation de débutants : il suffit de suivre une voie ferrée quand on en coupe une (il y en a peu ! ) et, arrivé à la gare la plus proche, d’en lire le nom, en passant, je n'exagère rien, un peu plus bas que les fils téléphoniques. Du moment qu’on ne se trouve pas nez à nez avec un train, tout va bien. Le plus merveilleux de ces pratiques est qu'il n'y a pas de casse, à part quelques pales d'hélices aux extrémités rebroussées suite à une chasse aux flamants roses sur la Sebkra d'Oran.
Nous avons appris, pour le Brevet, une technique d’origine maritime, comme bien d'autres d'ailleurs, pour arriver sur un point par des mesures successives de la hauteur du Soleil, à l'aide d'une méthode graphique d'une simplicité attrayante. Notre « Professeur » nous expose une variante compliquée du système. D'où nos exclamations : « Mais il y a mieux que ça ! ». Cessant son discours, il nous rétorque que, puisque nous sommes si forts en théorie, nous l'appliquerons le lendemain, grandeur nature, et que nous avons intérêt à trouver, pour cette fois, l'île d'Alborran. Nos recherches, menées à l’estime, se sont toujours révélées vaines. Malgré notre suffisance et notre orgueil, le lendemain nous n'en menons pas large. Notre compte d'heures de vol est alors très maigre et nous savons à peine manier un sextant en vol. Eh bien, nous trouvons Alborran, preuve que c'était facile. Et on ne reparlera plus jamais d'atterrissage par droite de hauteur avec notre cher professeur...
En sus de la navigation de base, nous avons à connaître les différences techniques à mettre en œuvre dans l'Aéronautique Navale : Navigation tactique et relative, escorte de convoi, attaques de sous-marins, de navires de surface, mise en œuvre du radar, exploitation des échos de celui-ci, codes et procédures radio, tir à la mitrailleuse, grenadage, bombardement, photo oblique et verticale. Il y a même des cours d'infanterie ! Et je dois bien oublier quelque chose ! Et tout ça en cinq mois, il faut faire vite !
Il y a bien quelques incidents : avions égarés dans le grand sud (là où il n'y a pas de gare), ou en Méditerranée (pour la même raison), mais ça ne se termine pas tragiquement. Il y a quelques balles perdues lors d'exercices de tir : l'un de nous essaye vainement de mettre le Junkers 52 de l'escadrille 4S remorqueur de manche à son tableau de chasse (est-ce le même tireur qu’au large de Brest, quelques mois auparavant ? Le vocabulaire utilisé par l'équipage de la 4S était en tous cas identique à celui des gars de la 50 S ! ). C’est au cours d’un autre exercice de tir que je me fais une belle peur en croyant à tort avoir verrouillé la porte de la tourelle arrière du Wellington où je viens de m’introduire. Au-dessus de la baie d'Arzew, à l'Est d'Oran, je mets la dite tourelle en position pour commencer le tir, c'est-à-dire tournée complètement vers la droite. Cette fichue porte s'ouvre alors que l'avion effectue un virage à gauche, virage qui me parait très, mais vraiment très incliné. Je suis le dos au vide et les lois de la mécanique me maintiennent fermement sur mon siège, mais je m'en soucie peu et regarde, par-dessus mon épaule la surface de la Méditerranée joliment moirée. J'admire peu le spectacle et m'efforce à remettre la tourelle dans l'axe, car tant qu’elle n'y est pas, impossible de refermer la porte. Pendant ce temps, mon pilote s'égosille dans l’interphone pour connaître la raison du silence de mes quatre mitrailleuses. Je m'en tire avec une belle, disons le mot, engueulade, et le mot est faible. J'en garderai un profond dégoût pour les tourelles arrières.
Au mois de juillet 1949, nous participons au voyage de fin de cours des radios, mécaniciens et autres volants qui n’ont pas le même calendrier que nous. Ce petit tour nord-africain nous mène au Maroc, à Marrakech, Agadir, Casablanca et Meknès. Outre la découverte de l'Afrique du Nord, l'avantage est que nous nous « frottons » à d’autres formations, à d'autres milieux. On y apprend bien des choses sur la triste mentalité de certains. Par exemple, notre petit séjour à Meknès nous montre qu'il existe des castes dans la Marine et, bien sûr, dans l'Aéronautique Navale, Meknès, base de l'Armée de l'Air, abrite l'Ecole de Chasse. S’y trouve en stage un détachement de marins. Le soir de notre arrivée, nous sommes reçus, comme il se doit, par nos camarades de l’Aviation. A l'autre bout du bar, les marins, destinés à la chasse embarquée et futurs « Musiciens du Ciel », comme ils sont surnommés, nous tournent ostensiblement le dos, nous ignorant superbement. Futurs navigateurs, destinés aux « lourds », nous ne sommes pas fréquentables. Comme de surcroît nous sommes « de Réserve » et qu’il y a une majorité de gens d'Active parmi eux, ils ont sans doute peur d’attraper quelque étrange maladie ! Heureusement, l'Armée de l’Air ignore ce genre de comportement et dans les mess et bars d'escadrille, l’hospitalité n'est pas un vain mot.
J'ai bien failli ne pas participer à cette ribote, ayant contracté le paludisme quelques temps après mon embarquement à la BAN Lartigue. Piqûres de quinine et repos à Mers el Kébir, lieu de sinistre mémoire pour tous les marins français, ont raison passagèrement du parasite. J'aurai des accès jusqu'en 1962. Cette dernière fois, ce sera en Alaska, où les moustiques prolifèrent en été mais ne sont pas porteurs du palu. Aussi le toubib local, un Américain bon teint, ne comprendra-t-il rien à mon accès de fièvre et je ferai mon propre diagnostic.
Les cinq mois écoulés, dire que toutes les matières du programme n’ont plus de secret pour moi serait mentir ; Mais je m’en sors avec les honneurs, étant le premier sur la liste des « macaronnés ». C'est, d'ailleurs, mystérieusement, le second que le pacha félicite en lui disant qu'il aurait mérité d'être premier. Le sens de cette dialectique m'échappe complètement ! De toutes manières, je nage dans l'euphorie la plus totale. Avec mes cent heures de vol (dont huit de nuit ! ), je vais avoir mon premier galon plein, autrement dit, je vais passer du statut bâtard d'Aspirant à celui d'Officier de Marine, de Réserve certes, mais en situation d’activité, ce qui change tout ! Je peux même songer à me faire ultérieurement activer ou, à tout le moins, à rester un certain temps au sein de la Marine, bonne mère, en attendant une place à Air-France. Mon diplôme de navigateur aérien - n'exagérons rien, c'est un certificat - et mon macaron font de moi un personnage, du moins à mes propres yeux ! Avec trois camarades, en attendant le Junkers 52 qui doit nous ramener en Métropole, nous faisons une descente à Sidi Bel Abbés, où l'un d'entre nous, l'ami Popaul, a une cousine, une vraie, je vous l'assure. Elle est institutrice et se dévoue à l'instruction de ses petits élèves qui viennent du bled proche. Elle en est adorée et nous emmène faire une visite aux mères de ces petits, qui nous reçoivent à bras ouverts. Les hommes ne sont pas au village et aucune de ces beautés (?) du cru ne porte le voile. Songez que cela se passe quatre ans après les événements de Sétif et cinq ans avant le début de ce qu'on nomme maintenant la guerre d’Algérie. Et en plus nous sommes en uniforme !
Il est alors d'usage - je ne sais si cela se pratique encore - de faire tordre les ailes de son macaron par une représentante du sexe dit, à tort, faible. Une des amies de la « cousine à Popaul », comme nous la nommerons plus tard en évoquant cet heureux temps, se charge de l’opération. L'aile de mon insigne portera la trace de ses dents, qu elle a fort belles. Se souviendra-t-elle d'avoir, par bravade, faillit se briser une canine pour plaire au « bel officier » que j'étais alors ? (2)
Tout, hélas, a une fin et cette escale en pleine terre, si dépaysante, sur le plan moral surtout, ne peut durer. Un coup de téléphone nous rappelle en urgence à la Base et nous n’avons que le temps de faire nos adieux éplorés aux belles Abbèsiennes, promettant (ça ne coûte rien et ça fait plaisir) de revenir... bientôt. Et le Ju 52 de la 32S nous fait franchir la Méditerranée jusqu'à la base de Cuers-Pierrefeu. De Toulon, le train m'emmène à Paris pour une permission bien gagnée. Je retrouve mes amis d’enfance et de prime jeunesse et je comprends qu'un fossé commence à s'élargir entre eux et moi. Ce phénomène s’accentuera vite. Le lien est sans doute destiné à disparaître par incompréhension mutuelle. Nos vies, à partir de l'instant où j'ai quitté ma famille pour la Marine, sont devenues trop différentes, je m'écarte trop des horizons qui sont restés les leurs. Les distances entre nos existences s'accroîtront au long des années et de nos rares rencontres, de plus en plus décevantes. Chacun fait sa vie de son côté... ainsi vont les choses !
(1) Etant donné que, dans la Marine, les gens embarqués naviguent, il est nécessaire de faire la différence avec ceux qui volent d'où cette distinction : les aviateurs, chez les civils, sont le personnel navigant, chez les manns le personnel volant.
(2) Mais si, mais si, j'ai des preuves photographiques !