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1978
Patrick Baillot d'Etivaux
OPERATION TAPE CUL
L’objet de cette opération, qui eut lieu entre le 2 et le 6 février 1978, était l’expérimentation de bouées acoustiques dans la détection de convois rebelles en zone désertique. Cet essai s’effectuera en brousse sénégalaise dans le secteur sud de Djiourbel (Sénégal).
L’équipe choisie pour l’essai comprenait : Le LV Dautremer, le MP elbor Moureton, le MP mecbo Michel Mérieux et deux appelés du 3e Bataillon d’Infanterie de Marine (BIMa) ; elle était dotée de 4 bouées DSTV-4L, 4 récipients de 5 litres, 40 litres d’eau douce, de pelles type US ARMY, d’un GMC à 6 roues motrices, de 3 postes de radio portables (TRPP11 et TRPP13) et des fumigènes. A tous ces moyens, il fallait ajouter le BR 1150 n°45 armé par l’équipage VB (Flottille 22F).
Après un petit déjeuner pris sous la paillote du GOAN (Groupe occasionnel d’aéronautique navale) autour de 05h30, l’équipe prend la route vers 6h. Le confort spartiate du GMC en places arrières, sans banquettes, met à rude épreuve les assises de chacun (d’où le nom de l’opération) et oblige autour de 07h30 à un arrêt logistique pour l’équilibrage des vessies. Le lieu d’arrêt permet de découvrir deux vieux pneumatiques, qui associés à une couverture pliée améliorera le confort à l’arrière. L’équipe reprend la route car il faut être en place à la zone à 11h, le rendez-vous avec l’avion étant prévu à 11h30.
- Vers 10h15, l’équipe trouve une aire dégagée d’environ 3 hectares avec un bouquet de 3 acacias épineux au milieu d’une toile d’araignée de pistes. La piste initiale figurant sur la carte sommaire prêtée par le BIMa est quasiment inidentifiable.

Quoiqu’il en soit, le site est jugé convenable, correspondant aux attentes fixées pour pouvoir faire les passes de calibration de détection du véhicule en branches de rapprochement et d’éloignement, avec relevés des distances dans chaque phase. Le déchargement du matériel est suivi de quelques menus travaux : terrassement d’une profondeur moyenne de 50 cm pour enterrer les hydrophones en veillant à tasser correctement la terre de recouvrement pour obtenir le meilleur seuil de détection.
- A 11h10, le dispositif est prêt. Le GMC « Tape cul » commence son éloignement pour une branche perpendiculaire aux trois bouées, en distance initiale de 2 km.- - A 11h20, l’avion est au contact radio ; « Tape cul » donne la position estimée du dispositif d’après la carte et précise qu’il se trouve dans le nord du dispositif pour 2 km. Au même moment, « Tape cul » prend contact avec l’équipe restée sur place et précise qu’il commence une première branche de rapprochement à vitesse lente, ce qui devrait permettre à l’Atlantic de rallier la verticale tout en écoutant le dispositif.
- Vers 11h25, l’équipe restée sur place a le contact visuel de l’Atlantic en rapprochement, mais décalé de 1,5 km par rapport à la position de l’équipe. L’équipe contacte « Tape cul » pour lui demander de faire rectifier l’axe de l’Atlantic (la seule radio capable d’effectuer la liaison avec l’Atlantic se trouve dans « Tape cul » avec le LV Dautremer). L’aéronef bat des ailes, signalant qu’il a bien compris le message. L’équipe allume un fumigène pour que l’Atlantic rallie et plote la position exacte au passage de la verticale.
- Vers 11h28, l’Atlantic passe verticale à 1 500 pieds et effectue une large feuille de trèfle (sorte d’hippodromes se rejoignant en un même point) en descente pour rejoindre la verticale à 150 pieds/sol.
De nombreuses branches d’éloignement – rapprochement sont effectuées par « Tape cul », et comme il fait relativement chaud, l’Atlantic monte à 13 000 pieds pour l’écoute en configuration normale opérationnelle, tout en faisant un peu de NAVRECO Sénégal.
Les mouvements insolites du camion attirèrent bon nombre d’autochtones, se demandant à quoi pouvaient bien servir les drôles de boîtes de conserve.
- Vers 12h50-13h, le poste radio TRPP11 crachote puis commence à devenir audible. Dans le bruit de fond, l’équipe perçoit un faible « Mérieux, Mérieux, de Tape cul, où êtes-vous ? Je ne vous vois plus. L’intéressé répond « Je suis toujours au point de rendez-vous, parlez ». Tapecul répond « Pouvez-vous nous faire des signes pour rejoindre la position ? ». Angoisse, nous voilà bien, le camion s’est perdu dans la brousse et il ne reste plus d’autochtones qui sont allés voir par où s’est éloigné le camion ; il ne reste plus qu’un appelé et le MP Mérieux. Le MP Mérieux ne s’affole pas à l’inverse de l’appelé qui commence à décrire des hippodromes entre les bouées et les acacias. A l’aide de l’appelé, Mérieux a l’idée d’utiliser les fameux pneus ; il faut récupérer de quoi alimenter le feu, pour les faire brûler.
Mérieux contacte Tape cul : « Tape cul de Mérieux (bis), j’ai allumé un feu de pneu, le voyez-vous ? (bis) ». Tape cul répond que d’où il est il ne voit rien et demande à ce qu’on le guide. Mérieux répond « Actuellement j’ai le soleil à 2 heures du barrage de bouées. Repérez- vous au soleil car je suis dans l’impossibilité de vous donner un « vectac ». Avez-vous reçu ? ». Tape cul accuse réception, mais pas un bruit de moteur, le grand silence. Comment prévenir l’Atlantic ? L’énergie du désespoir permet de penser à une solution quelque peu fantasque consistant à utiliser les hydrophones des bouées comme un micro, en priant que le canal VHF de la bouée ne soit pas brouillé. Mérieux, l’hydrophone en main, commence « VB, VB, VB, ici Mérieux qui vous appelle » répété au moins cinq fois ; Mérieux continue « VB, VB, VB de Mérieux Tape cul est perdu, ralliez la verticale » répété au moins trois fois. Mérieux et l’appelé scrutent le ciel, et parallèlement le premier contacte Tape cul pour lui dire que nous essayons de faire rallier l’Atlantic pour le guider. Pas de réponse de Tape cul. Mérieux ne désarme pas et reprend l’hydrophone et pendant qu’il essaye de nouer le contact, l’appelé lui dit qu’il entend l’avion. L’Atlantic rallie l’équipe, et Mérieux répète le message « Si vous m’avez compris, commencez la recherche de Tape cul, car je n’ai plus de contact radio avec lui, accusez ». L’Atlantic bat des ailes et commence toute une série de branches (une véritable ramure !!!). Mérieux essaye de contacter Tape cul « Mérieux de Tape cul, me voyez-vous ?», Tape cul confirme qu’il voit l’avion et prend la fréquence avion. C’est ainsi que Tape cul, guidé par l’Atlantic arriva à retrouver le point de référence.
On ne sait pas trop si le résultat de l’essai était à la hauteur des espérances, mais l’Atlantic reste bien le Saint Bernard des mers et des déserts. Cet essai, utilisant des bouées acoustiques pour détecter des convois de véhicules démontre l’esprit inventif de certains.

Christian Lambert
MANUREVA
- En 1978, j'ai été dans la marine pendant 6 ans. J'étais le coordinateur tactique d'une équipe de patrouille maritime. Nous avons volé à bord d'un avion de patrouille maritime à longue portée nommé BREGUET ATLANTIC et utilisé spécialement pour les missions de recherche et de sauvetage.
- En novembre 1978, la première transat nommée "rhum road" a commencé. Il y avait beaucoup de bateaux : Paul Ricard, Manureva, le journal de Mickey, VSD, X-perimental et ainsi de suite... Certains d'entre eux avaient choisi la route orthodromique car c'était beaucoup plus court.
- Alors que les concurrents passaient devant les Açores, le temps était sur le point d'être très mauvais. Les rafales et les orages font rage soudainement. Certains navires ont été naufragés et Manureva, le bateau d'Alain Colas, a disparu dimanche 6. La dernière position connue était 36N 36W. Après ce jour, personne ne sait ce qui lui est arrivé.
- Le vendredi 12, le commandant en chef de la patrouille maritime a décidé de commencer les missions de recherche. 4 avions ont décollé de Lann-Bihoue en Bretagne vers les Açores et les Antilles. Deux d'entre eux allaient fouiller depuis les açores et les deux autres des Antilles. J'étais dans l'un des deux avions qui allait commencer les recherches depuis les Antilles. Nous étions basés à Point a Pitre. Avant d'arriver là-bas et pendant le transit des açores à Pointe a Pitre, nous avions fait une mission de recherche près de la dernière position connue. Rien n'a été trouvé. Nous sommes arrivés à Pointe à Pitre samedi 13 au soir après dix-sept heures de vol. L'équipage était très fatigué.
- Après une journée, nous allions commencer une série de 15 missions de douze heures chacune avec 23 heures entre elles. Lors des missions de recherche, nous avons toujours volé à 100 mètres d'altitude. Ces missions nous ont obligé à voler de Pointe à Pitre le matin jusqu'au point le plus à l'est possible, volant bas pour pouvoir utiliser les radars et les installations de visionnage, sans utiliser les aides à la navigation car dans cette partie de l'Atlantique il n'y a rien. Nous avons été guidés par le navigateur qui s'est assis sur le siège droit en disant "aller à gauche" "aller à droite" "un peu autour de ces nuages" à cause du temps qui était très mauvais. Le frère d'Alain Colas nous accompagnait dans l'avion à chaque fois que nous prenions l'avion. Il était très inquiet et il pensait toujours que son frère allait être découvert par la marine française.
- La recherche a été très difficile car la décision de commencer la recherche a été prise trop tard. La position de chaque concurrent pendant le voyage était très imprécise à cause de la météo.
- Mike Birsch, l'un des concurrents, avait accepté de nous laisser inspecter l'équipement de navigation, les cartes nautiques et les listes de service du bateau. Je pense que c'était très dangereux de traverser par mauvais temps avec seulement cet équipement de navigation qu'il avait.
- Le frère d'Alain Colas a dit que Manureva était un bateau insubmersible et qu'un jour, nous allions trouver une partie de ce bateau ou de l'épave.
- Vers la fin des recherches, la radio et la télévision françaises ont dit que la patrouille maritime n'a pas très bien fonctionné car nous n'avions pas trouvé Manureva. Les orateurs et les journalistes sont aussi épais que deux planches courtes car il était très difficile de trouver un petit bateau par ce mauvais temps.
- J'ai travaillé aux Antilles pendant un peu moins d'un mois, mais j'ai rappelé des souvenirs et beaucoup d'informations sur les recherches dans les pays chauds. Voilà pourquoi je vous raconte mon histoire.
