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Navigateurs Aériens et DENAEde l'Aéronautique Navale |
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1980J-D Gamet, Aubord 21 juin 2022 En quête du « Record » ! Ces années là, depuis peu, c'était le grand boom de la planche à voile pour ceux qui aimaient les sports nautiques pour un prix abordable. J'avais fait mes premières armes sur cet esquif très instable à la plage de Yoff à Dakar lors de séjours SAR au Sénégal, puis j'avais acheté une planche à Lorient... puis à Papeete peu après mon arrivée à la 12S en juin 1980. A l'Escadrille nous étions quelques uns à pratiquer ce sport à Tahiti, et également lors de nos détachements à Mururoa. Nous emportions nos engins (très ordinaires) avec nous, car nous pouvions fixer les planches dans la soute du P2, et entreposer mats et voiles dans la queue MAD qui était suffisamment longue ! Nous étions tellement accros que même les jours de tirs souterrains, quelques heures après l'explosion, nous sillonnions à qui mieux mieux les eaux turquoises du lagon puisqu'il n'y avait aucun danger (???) et que cela était permis !!! Cependant, nous n'étions que d'humbles amateurs ! Or voici que par un beau matin d'août 1980, le grand « balèze » français de la planche à voile, déjà détenteur de plusieurs records, dont nous ignorions l'existence jusqu'à ce jour, entouré d'un aréopage de personnalités et de journalistes, débarque à l'Escadrille. Après les présentations, nous sommes conviés à un briefing pour nous informer des futurs exploits que M. Arnaud de Rosnay entend réaliser dans le Pacifique Sud, un peu assisté par l'Aéronavale tout de même ! Arnaud de Rosnay est un photographe, surfeur et aventurier français, né le 9 mars 1946 à Paris et disparu le 24 novembre 1984 dans le détroit de Taïwan, en mer de Chine. Il est le frère de Joël de Rosnay (scientifique & écrivain, dont une rue d'Aubord porte le nom). En fait M. de Rosnay vient nous présenter son projet (très fou) de relier les Marquises à Hawaï, soit 2100 Nautiques (excusez du peu) avec une planche à voile spécialement adaptée pour ce genre d'expédition : des balanciers gonflables pour la stabilité pendant le sommeil et un cerf volant pour le tractage nocturne. Étant donné le défi que cela représente, les vieux marins que nous sommes semblent très dubitatifs... Ce monsieur aura donc besoin des services de l'Aéronavale pour effectuer quelques essais au large de Moorea avant son départ: liaison radio avec le voilier d'assistance ou un aéronef, prêt d' un E/R UHF, photos, homme à la mer, recherche de naufragé... C'est ce que l'équipage GC dont je fais partie effectuera au cours d'un petit vol de mise au point devant l'île de Moorea.
Le staff d'Arnaud de Rosnay nous demande le prêt d' un émetteur/récepteur UHF comme celui que nous avons à bord du P2, pour l'installer à bord du voilier d'assistance ? Je me permets de leur signaler que cet équipement fonctionne avec du courant 28V DC et du 115/400 triphasé, il m'est répondu que leurs techniciens gèrent le problème ! C'est donc le samedi matin suivant que je suis chargé de livrer l'appareil radio UHF emprunté à la 4ème Section, avec une 4L Marine, au voilier d'assistance amarré au quai d'honneur à Papeete. Ensuite, à l'issue du vol de « rodage » du côté de Moorea, quelques jours plus tard, notre rôle s'arrête là. Nous n'entendrons plus parler de de Rosnay jusqu'à... Alerte à Malibu Le 1er septembre, l'équipage GC décolle en direction des îles Marquises d'où le sieur de Rosnay, sur sa planche à voile, vient de fausser compagnie au patrouilleur de la Marine qui était chargé de l'empêcher de prendre la mer sans bateau d'assistance (pas assez rapide pour lui!). Malgré un vol de recherches de plus de 11 heures, nous ne retrouverons pas, nous non plus, la trace du fuyard ! Le 9 septembre, l’État Major Marine commence à s'inquiéter : de Rosnay reste introuvable, et nous envoie en vol de recherche aux Tuamotu. Ce jour là, nous survolerons à 500 pieds une bonne partie du récif des atolls situés au centre de l'archipel, au cas où notre véliplanchiste se serait échoué dans ces parages, pour nous poser en fin de journée à Hao, et ce sans résultat. Le lendemain 10 septembre, même motif, même punition. Nous décollons de Hao pour ratisser cette fois les récifs des atolls du Nord, mais pas assez au Nord probablement, toujours sans résultat et nous rentrons bredouilles à Faaa ! Mais quelle belle balade !!! Puis le 11 septembre, la nouvelle tombe : « Arnaud de Rosnay est sain et sauf, le véliplanchiste qui avait quitté l'île de Nuku Hiva dans l'archipel des Marquises le 31 août, a touché (ou plutôt s'est fracassé sur) le 11 septembre l'atoll de Ahé qui est situé à 450 km au nord-est de Tahiti, après avoir parcouru 900 km sur sa planche à voile ». L'atoll de Ahé Le record de traversée initialement prévu était : la traversée Marquises-Hawaï qui se transformera en Marquises-Tahiti pour se terminer par un crash final sur le récif de Ahé aux Tuamotu, un des atolls les plus proches des Marquises, mais pile sur l'axe Nuku-Hiva - Papeete !!! C'est à bord de cet aéronef que nous avons recherché de Rosnay de longues heures ! Voici un extrait de son « exploit » trouvé sur le site d'Arnaud de Rosnay : « Après qu'Arnaud ait décidé de changer de destination et de partir en solitaire (sans voilier accompagnateur, pas assez rapide) vers Tahiti, les autorités ordonnent au bâtiment '' La Combattante'' de la Marine Nationale d’empêcher le départ du navigateur. Le 31 août vers 23h00, Arnaud prend la mer dans la nuit et fausse compagnie à la surveillance de ''La Combattante''. Le lendemain de son départ clandestin, Arnaud fait l'inventaire de ses réserves. Problème ! Il n'a pas de lunettes noires pour affronter le soleil du Pacifique et sa provision de dattes n'est pas celle qui était prévue. Pour finir, sa combinaison lui provoque de terribles démangeaisons. Peu à peu, Arnaud trouve son rythme : « je commence à m'enfoncer dans un rythme que je pense contrôler. Planche, cerf-volant, sommeil, estime, brise, calmes, alimentation, eau... ». Arnaud est parti pour relier Nuku Hiva à Tahiti en 7 jours, mais au 5ème, il n'a toujours pas rallié les Tuamotu. Pour le monde entier (excusez du peu!) Arnaud est perdu. Les jours passent, et malgré les recherches de ''La Combattante » » et de GC (!) Arnaud est considéré comme disparu. Aux différents problèmes du départ, sont venues s'ajouter les multiples attaques de requins. Le sixième jour la réserve d'eau est épuisée, les 7 et 8 septembre, il est contraint de fabriquer son eau à l'aide de distillateurs solaires et ne peut naviguer en même temps... Quand le 11 septembre au matin, physiquement et mentalement très affaibli, Arnaud aperçoit les cimes de quelques cocotiers : Terre ! C'est l'île de Ahé. Épilogue (tragique) Après cet exploit foiré, on n'entendra plus jamais parler du « baron » Arnaud de Rosnay, tout au moins à l' Escadrille 12S ! Aux oubliettes le surfeur aventurier, inventeur, jet-setteur, flambeur, tombeur... Jusqu'à... fin novembre 1984, où l' on apprend sa disparition en mer de Chine, du côté de Taïwan, à l'age de 38 ans ! « Il devrait s’arrêter, il le sait. Il y a Jenna, dont il est fou, et puis Alizé, leur fille, qui, en hommage à ce père si particulier, a réussi l’exploit de naître un 29 février. Mais il y a aussi le goût du risque, l’envie de prouver à ses détracteurs, qui ne croient pas à sa légende, que rien ne l’arrête ». Alors ce 24 novembre 1984, mal préparé, sans assistance ni autorisation du pouvoir chinois, il se lance à l’assaut du détroit de Formose. Cent soixante-dix kilomètres de mer déchaînée, infestée de requins, de cargos, de pirates et de soldats chinois. Sent-il qu’il n’arrivera jamais jusqu’à Taïwan ? Peut-être. Mais il sait qu’il n’a pas le choix : « L’aventure n’est pas une affaire de tièdes. Elle exige tout, c’est une dévoreuse. » |