Macaron

Navigateurs Aériens et DENAE

de l'Aéronautique Navale

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1981

 Alain Quentric, cotac de Golf Charlie 1980-81 (1970-A)

A l’occasion des élections, certains perdent la tête ; le Neptune, lui, perd sa queue Mad !

Tahiti, début mai 1981, l’ambiance est à la fête.
La saison des pluies est terminée. Le ciel est au beau fixe.

La campagne présidentielle bat joyeusement son plein.
Des trucks et des pick-ups couverts d’affiches électorales sillonnent avec entrain la ville de Papeete et la route côtière, sono à fond, au rythme des chants polynésiens.

A Faaa, sur la Base Aérienne 190, l’Escadrille 12S, à l’époque seule formation de l’Aéronautique navale affectée sur une base aérienne, va prendre part au bon déroulement des élections.
Avec ses 3 Neptune P2V7, ses 3 équipages et son équipe technique, elle est chargée du largage des bulletins de vote et des professions de foi des candidats dans les îles isolées du fait de l’éloignement, de l’absence de pistes d’atterrissage et de liaisons maritimes appropriées.

Les documents électoraux sont arrivés de métropole par voie aérienne le week-end précédent l’élection du dimanche 10 mai.
Livrés à la 12S, ils sont conditionnés, le lundi 4, dans des petits containers munis de parachute, conçus pour être largués par la trappe ventrale, à l’arrière du Neptune.
Seule, une légende raconte que les bulletins de vote de Valéry Giscard d’Estaing étaient largués par le sabord droit et ceux de François Mitterrand, par le sabord gauche !

Mitterand
Giscard

L’équipage Golf Charlie (LV Michel Le Carpentier + 9) est désigné pour larguer les containers sur les îles Australes, dès le lendemain.
Ces îles : Raivavae, Tubuai, Rurutu et Rimatara sont situées à 2 ou 3 heures de vol dans le sud de Tahiti. Elles sont aussi très espacées, près de 100 Nq entre chacune d’entre elles.
C’est un long vol qui s’annonce, mais c’est un vol plaisant car c’est l’occasion de découvrir d’en haut ces îles à la nature sauvage et au lagon préservé, situées loin des zones de patrouille habituelles des Neptune.

Rimatara

Contact est pris avec les postes de gendarmerie locaux pour convenir avec eux des heures, des lieux et des axes de parachutage des containers.

Mardi 5 mai au matin, décollage de GC sur le 331, et ... direction le Sud !

P2V7
Le Neptune avec sa queue mad (mais laquelle ?)

Les procédures de largage sont bien rodées :
- un premier survol vers 500 pieds pour reconnaître le terrain et les obstacles, estimer le vent et vérifier si le comité d’accueil est bien au rendez-vous. Faute de matériel de transmission compatible entre le Neptune et les gendarmes, il n’y a pas de communication radio possible entre les participants.
- un passage à blanc, sur l’axe,  à l’altitude de largage,
- puis une ou deux passes pour le parachutage des containers par la trappe arrière (1 ou 2 selon le nombre d’électeurs),
- un dernier survol vers 500 pieds pour dire « Au revoir !».

Les largages sur les premières îles se passent conformément au programme prévu.
Chaque île a bien reçu le ou les containers qui lui étaient destinés. Ça roule!

Déjà 7 heures de vol et nous arrivons à Rimatara, l’île australe située la plus à l’ouest.
Les gendarmes et quelques habitants sont bien au rendez-vous, comme prévu, sur le terrain de foot d’Amaru, au nord du village. Ils nous font des signes de bienvenue.

Rimatara
Rimatara. Un aérodrome et une piste d'aviation ont été construits depuis


Le largage s’annonce un peu délicat car il y a du vent et l’axe de présentation fait face à la colline. Il faudra cabrer dès que le container sera parti.
- Premier passage, à blanc, sur l’axe, au dessus du terrain de foot. Tout va bien.
- Second passage, pour le largage du premier container : « Parés derrière ? …  Attention pour le largage… 3, 2, unité, Top largage ! On cabre ! »... « C’est parti ! » … « OK, on revient pour le dernier container ! »
- Troisième passage : procédure identique…. « C’est parti ! » … « Allez, on fait un dernier passage à 500 pieds pour dire au revoir et on rentre ! »

En survolant une dernière fois le terrain de foot, nous ne voyons ni les containers ni les parachutes sur la pelouse. Nous nous disons que les gendarmes n’ont vraiment pas traîné pour les embarquer dans leur Méhari et nous mettons le cap vers Faaa.
Mission terminée, ailes à plat, nous nous détendons et nous sommes contents de rentrer à la maison car 8 heures de vol à basse altitude en Neptune ça use un peu.
Mais c’est pas fini !!! …  Car, peu après avoir mis le cap retour :

BOUM ! ... BOUM ! … BOUM !                  
« Que se passe-t-il ? » Tout le monde se regarde…
« C’est à l’arrière ! »

Aux sabords, ils ne voient rien.
Un coup d’œil dans le dérivomètre permet d’inspecter l’arrière de la cellule, sous l’avion.
Oh, surprise !!!! On peut apercevoir nos deux derniers containers, accrochés par leur parachute à une excroissance de la carlingue.
Ils tourbillonnent, l’un autour de l’autre, les suspentes entortillées et ils viennent régulièrement frapper la queue Mad !
« Que peut on faire pour les décrocher ? »
« Rien à faire !  Ils sont trop loin de la trappe ! » annonce le mécano au sabord.

Le terrain le plus proche est Faaa, à plus de 2 heures de vol…
Par sécurité, le commandant d’aéronef ordonne d’évacuer la tranche arrière et de réduire la vitesse… Pourvu que cela tienne !

Nous surveillons le phénomène à l’aide du dérivomètre… C’est rassurant. Ni les suspentes de parachute, ni les containers tourbillonnants ne remontent jusqu’à la gouverne de profondeur.
Mais les BOUM continuent !

Au bout de quelques minutes, nous entendons un BOUM suivi d’un craquement et d’un grand souffle d’air. Le radio nous annonce  aussitôt:
« La queue Mad s’est décrochée ! Elle est à l’eau ! »

Par le dérivomètre, nous constatons que l’un des containers a également disparu.
Celui qui nous reste suit maintenant sagement l’avion.
Il nous suivra jusqu’à Faaa, où il se décrochera sur la piste, après un atterrissage  sans nouvel incident.

Au parking, en descendant de l’avion, nous découvrons le point d’accroche des parachutes . C’est le tube venturi de l’urinoir.  Accessoire indispensable à bord car les vols peuvent être longs en Neptune ! 10.3, ce jour là.

Bien sûr, nous avons eu de la visite sur le tarmac. Cela n’est pas courant un Neptune qui revient sans sa queue !

Par chance, un Neptune, le 686, à bout de potentiel cellule, attendait son ferraillage ou son lagonnage, dans un coin de la BA 190.
Sa queue Mad a pris rapidement place sur le 331.
Affaire vite réglée !

Épilogue : Quelques jours plus tard, une opération de recherche est ordonnée par le Comsup Papeete pour retrouver un speedboat perdu en mer, avec quatre personnes à bord, au large de l’atoll de Fakarava  aux Tuamotu.       
L’équipage Golf Charlie repère l’embarcation à la dérive et lui largue une chaîne SAR équipée pour le secours en mer (canot pneumatique, eau douce, vivres, accessoires de survie...).
Peu après, les naufragés seront relocalisés par l'aviso-escorteur Protet puis recueillis  par le pétrolier Papenoo qui les débarquera à son retour à Papeete, deux jours plus tard.

Pas d’incident de largage du container cette fois . 4 pêcheurs secourus … et aussi un comité d’accueil à l’arrivée !

SECMAR

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