Macaron

Navigateurs Aériens et DENAE

de l'Aéronautique Navale

Pinguin
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1979

Philippe Conrad

Samedi 10 novembre 1979, j'étais de service comme officier de garde à la flottille 24F à la Lann-Bihoué, lorsque notre chef de bord vient nous dire que le lendemain, nous devions faire un aller-retour rapide à Kinloss pour apporter une pièce de rechange à un ATLANTIC de la flottille en panne. En ce temps là, pas question de refuser même si c'était le week-end du 11 novembre après un jour de garde...
Le lendemain, nous avons donc décollé au petit matin sur l'avion n° 67 vers Kinloss pour un retour prévu en fin d'après-midi. Vol de routine, pas de mission particulière, pas d'équipements de rechange. Rien.
Arrivée comme prévu fin de matinée, montage de la pièce sur l'autre avion qui, après un contrôle technique rapide, décolle immédiatement vers Lorient.
De notre côté, déjeuner puis mise en route des moteurs pour vol de retour vers la base. Moteur gauche, pas de problème, moteur droit : le mécanicien qui se trouvait au sabord arrière voit un morceau de métal sortir de la tuyère d'échappement. Coupure immédiate du moteur, attente que la tuyère refroidisse puis inspection visuelle qui confirme qu'un morceau de la tuyère avait disparu juste en sortie du moteur.
Après avoir réussi à contacter les services techniques de Lann-Bihoué (je rappelle qu'en 1979, les portables n'existaient pas et que nous étions un dimanche, férié en plus), il est confirmé qu'un échange standard du moteur était nécessaire car on ne savait pas si le morceau de tuyère n'avait pas abîmé les aubes du dernier étage du moteur.
Négociation avec les autorités de la base de Kinloss pour camper l'avion puis recherche d'un hôtel pour passer la nuit et au moins les 2 suivantes en attendant que l'on nous apporte un moteur de rechange avec une équipe technique car changer un moteur sur un terrain extérieur est possible mais demande un minimum de matériel et de personnel expérimenté.
Fin d'après-midi, nous arrivons à Elgin, petite bourgade proche de la base, en combinaison de vol, sans argent ou presque (personne n'avait de carte de crédit à l'époque...), sans vêtements de rechange, ni affaires de toilettes. Bref, la galère mais nous avons finalement réussi à nous laver, nous restaurer et passer une bonne nuit de sommeil. On verra demain... Fin de la journée n° 1...

Elgin
Place centrale d'Elgin

Nous avons dû attendre mardi 13 novembre, pour voir arriver un autre avion de Lann-Bihoué avec un moteur, des vêtements de rechange et une équipe technique pour nous aider à faire un échange standard. Pour nous faciliter la tâche et travailler au sec, les gens de la RAF nous avaient octroyé une place dans un hangar. Jeudi 15 et vendredi 16 échange standard du moteur, remontage de l'hélice et essais de bon fonctionnement qui se sont avérés plus compliqués que prévus (un problème de vanne de décharge entre les deux étages du moteur, la fameuse bleed valve bien connue de nos MECBOs). Finalement, ils arrivent à régler le moteur et nous prévoyons le vol technique avec un retour vers Lann-Bihoué, le lendemain dans la matinée.
Le soir à l’hôtel, fiesta pour fêter notre départ ! Fin de la journée n° 7.
Le vol technique qui devait nous permettre de rentrer à la maison a duré 18 minutes en tout et pour tout car à peine décollé, le mécanicien de bord signale des fortes vibrations sur l'ensemble moteur/hélice gauche... Posé en urgence (moteur droit en essais, moteur gauche avec vibrations,bref plus grand chose pour continuer à voler) avec déploiement des équipes de secours.
Il fallait voir le déploiement du dispositif de sécurité, digne d'un Boeing en feu. Nous avons appris plus tard, que la RAF s'était saisie de l'occasion pour faire un exercice d'intervention sur avion en détresse.
Rediscussion avec les services techniques de Lann-Bihoué pendant toute la journée mais pas de solution immédiate, on verra ça lundi. Tout le monde retourne à l'hôtel, équipage plus équipe technique. Je ne vous explique pas la tête de l'hôtelier qui n'avait heureusement pas encore loué nos chambres et se frottait les mains de voir revenir les Frenchies qui aidaient bien à vider le bar !
Le dimanche, nous n'allions quand même pas rester à l'hôtel à jouer aux cartes ou à picoler, nous avons donc décidé d'aller faire du tourisme dans la ville d'Inverness, capitale des Highlands écossais et située environ 80 kilomètres. Visite du château, achat de produits écossais et tournée des pubs.

Lundi 19 novembre, discussion avec Lann-Bihoué pour apprendre qu'on va nous envoyer un moteur et une hélice déjà montés sur un autre ATLANTIC afin de nous éviter les problèmes de réglages : arrivée prévue mercredi 21 novembre. Fin de la journée n° 9.
En attendant, puisque nous avions du temps devant nous et que nous avions eu une avance sur nos frais de mission, nous avons repris nos activités touristiques en louant une voiture et nous partons faire le tour du fameux Loch Ness pour essayer de voir le monstre. Quels paysages, quelle lumière dans cette Ecosse lorsque l'on a la chance d'avoir du soleil. C'était un peu difficile de maîtriser la conduite à gauche et il fallait être particulièrement attentif surtout dans les ronds-points que nous avions tendance à prendre à l'envers. Bien sûr, à chaque distillerie de whisky ou presque, nous faisons une halte pour comparer les crus entre eux et au bout de deux jours, les Single Malts n'avaient plus de secret pour nous.
Côté moteur en revanche, il y a eu un peu de retard et l'ensemble n'est arrivé que le jeudi soir. Eh hop, nous voilà repartis pour une nouvelle tournée des châteaux hantés et des distilleries avec à la clé des super repas dans des restaurants typiques du coin : saumon au menu pratiquement à chaque fois.
Je me rappelle notamment un soir alors que nous nous étions arrêtés dans un village appelé Lossiemouth à l'embouchure de la rivière Lossie, célèbre pour les saumons qui viennent s'y reproduire. De la fenêtre du restaurant qui donnait directement sur la rivière nous voyions les pêcheurs qui d'un geste large et souple, lançaient leur mouche avec une précision diabolique juste où il fallait. Dommage que les portables n'existaient pas à l'époque, nous aurions pu immortaliser ce moment et ces paysages si beaux.
En fin de compte, le lundi 26 novembre, nous avons pu reprendre nos activités aéronautiques en effectuant un vol technique qui confirma que le nouveau moteur fonctionnait parfaitement et que nous allions pouvoir enfin reprendre le chemin de la maison.
Le lendemain, 27 novembre, après moins de trois heures de vol mais 17 jours après avoir quitté la flottille, nous revenions au bercail.
Bien entendu, l'accueil fut à la hauteur de l’événement et nous avons eu droit à une aubade par le célèbre Bagad de Lann-Bihoué en présence des hautes autorités de la base.
Bilan de cette mission : 2 moteurs, 1 hélice, 2 allers-retours entre Lann-Bihoué et Kinloss pour apporter le matériel et l'équipe technique, des frais de mission pendant 17 jours en Ecosse pour un équipage de 7 personnes pour seulement 2.4 heures de vol sur place.
C'était il y a 40 ans mais je m'en souviens encore très bien.

Ligne

ARIANEX - NOEL 1979

Après avoir terminé le dernier vol du CEF (Centre d'entraînement de la flotte) le 17 décembre 1979 nous sommes qualifiés équipage opérationnel. Le Commandement nous prévient inopinément que nous partons illico vers la Guyane pour une durée indéterminée.
Là nous voyons déjà le réveillon de Noël et peut être celui du premier de l'an avec des jumelles et sans les familles.
Décollage de Nîmes-Garons le 20 décembre sur le Breguet 38 pour 5.3 de vol jusqu'à LAJES (grande base US des CANARIES qui à servi de pont aérien et de base avancée pendant la 2eme guerre mondiale). Pendant que les chefs sont aux OPS ; et que les Mécanos sont affairés autour de l'avion, le reste des disponibles se dirigent en « catimini » au CLASS VI pour la mise en place éventuelle d'unbar équipage pendant le séjour.
Les frais de mission n'étant pas très élevés, rappelons que la Guyane, département Français est 40% plus cher sur les produits importés par rapport à la Métropole. En sortie du CLASS VI : six voitures de police US entourent le bâtiment et nous font mettre nez à terre sur le parking pendant plusieurs minutes, le temps d'appréhender le voleur qui se trouve à l'intérieur de la bâtisse. Çà commence bien !
Enfin, décollage de nuit pour 10.0 heures de vol. Arrivée au petit matin à Cayenne le 21 décembre dans la moiteur de la forêt Amazonienne. Puis récupération et mise en place dans les chambres, et en soirée passage chez « Tonton » au TATOU son restaurant à Cayenne où l'on peut manger si on le souhaite (pack, cochon sauvage, tatou, lézards poêlés, serpent et singe en daube). Le singe étant maintenant protégé. Le soir, tard dans la nuit, décoration de la médaille du Pénitencier au Montabo pour Jeff et Loulou.

1979-VE

Debout : Dufrene (mécaé) - Fouchard (daraé) - Galmiche (pil) - Harmand (pil) - de Metz (cda) - Kervella (rdr) - Alvarez (nav1) - Serret (rdo) - Drucke (jez) - Bay (mecbo)
Accroupis : Tangre (cotac) - Laynaud (nav2) - Planella (jez) - Barlet (mecbo) - Pailler (rdr) - Cazalot (rdo)
Absents : Fouquin "Lulu", futur papa remplacé par Barlet et Abautret le photographe.


"En avant Guingamp" le 22 décembre : 1ere surmar pour dégager de tout bateau et pirogue la zone de retombée du 1er étage de la fusée ARIANE, 8.7 heure de vol de jour et 0.1 de nuit. Résultat : Pas de décollage de la fusée, « arrêt de la chronologie » ; d’où l’expression : PARTIRA, PARTIRA PAS ?
Une idée pour l’écusson de l’équipage Victor Echo, d’autant plus que le cinéma de la ville répondant au doux nom d’ARIANE proposait comme film « LE CIEL PEUT ATTENDRE » !
Par contre, panne ennuyeuse au retour. Moteur site radar HS. Ce qui veut dire que l’antenne radar n’est plus verrouillé, ni guidée : plus de droite, gauche, haut et bas. Et comme d’habitude le matériel adéquat pour assurer le dépannage éventuel n’est pas dans le lot de dépannage ! La faute à pas de chance. Après avoir envoyé un message à la maison mère de Nîmes-Garons, pour recevoir rapidement le matériel, re « pas de bol », nous étions un vendredi après-midi et aucun civil sur la base, qui reste alors paralysée jusqu’au lundi ! Le week-end, et le réveillon arrivant, impossible d’assurer la mission.
Réponse des « spontus » concernés de Nîmes-Garons : Envoi d’une antenne sous 8 jours par Air France ! Merci pour le 2ème réveillon et l’accomplissement de la mission….. Ou envoi d’un avion avec un équipage de remplacement. Que faire ? Mais comme de vieux « Griboux » que nous sommes avec quelques heures de vol dans les poches et « la bite et le couteau » nous décidons avec le Daraé La Fouche, l’équipe de piste et l’accord du CDA de descendre le radar sur le parking, puis de verrouiller mécaniquement l'antenne « secteur avant 30° » pour avoir une image correcte. Question posée : et le moteur de site ? Il sera remplacé par l’action des pilotes en descente légère au top du radariste, l’estime et le nez des vieux briscards ! Le radar remonté, nous voilà fins prêts pour la prochaine Surmar.
Le 23 décembre, 2ème surmar, 8.7 de jour et 0.3 de nuit. Toujours pas de décollage de la fusée cette fois-ci encore, le compte à rebours ayant avorté pour quelques secondes, 6 exactement. Nous avons eu par la suite l’explication de ce nouveau report : en fait les crochets de maintien au sol de la fusée ne se sont pas ouverts à fond après le démarrage des moteurs et comme l’ouverture complète des 4 crochets n’était pas signalée ; un voyant rouge s’est allumé et arrêt de la chronologie. Il s’est avéré que pour protéger les crochets de la très haute température dégagée par les moteurs, une couche trop importante de « blaxon spécial ».avait été déposée sur les crochets, empêchant leur ouverture complète ! Le mieux étant l’ennemi du bien. "Tu pars ou tu pars pas ? Si tu pars tant mieux, si tu pars pas tant pis j'en f'rai pas une maladie". Vous connaissez la chanson ! Pour info : notre bricolage antenne Radar à bien fonctionné.
Le 24 décembre, jour de réveillon, on remet çà pour la 3ème fois, 10.4 de jour avec le lancement réussi de la fusée ARIANE : COCORICO ! Nous sommes en l'air aux premières loges et nous admirons le magnifique spectacle qui nous est offert ; puis retour sur la zone de retombée du 1er étage de la fusée que nous apercevons après une approche radar, cassée mais flottante avec ses anneaux de drapeaux cerclés pour la décoration .Il fut pris en remorque par la gabarre de Cayenne, mais coulera avant d'arriver au port. Signalons la super navigation de PHILIPPE (Papy aujourd’hui pour les jeunes...) tout au long du vol.
Pour le retour sur Cayenne par la côte, basse altitude pour le plaisir des yeux et des souvenirs gravés au fond de la pupille, à partir de la frontière Brésilienne. On nous autorise même à faire un passage sur l'aire de lancement de KOUROU. Sympa de leur part !
Le soir, passage obligé à la FREGATE chez PIERROT, resto bien connu de tous les Pingouins de l'aéronavale de Nîmes-Garons et de Lann-Bihoué, réveillon avec ce qu’il faut, cubis rosé et rouge de la région Nîmoise, chants et catalogues, et parfois monologue en accord au son de la guitare de Jeff. Pas de problème l'équipage est rodé !
Le lendemain 25 décembre, jour de Noël, visite de la base de KOUROU en car, où nous rencontrons pendant quelques secondes Roger Hillion, ancien radio de LBH (chef de la poursuite radar infrarouge de la fusée ARIANE situé aux îles du Salut). La base et les bâtiments sont jonchés de bouteilles vides de champagne, (une victoire comme celle là, ça se mérite et ça s’arrose). Pas d’âme qui vive à l’horizon ; ils doivent être dans les bras de Morphée ou de Bacchus et pour quelques heures encore...!
Le soir décollage de nuit 8.9 heures de vol, traversée de l’Atlantique vers LAJES, dernier point Radar sur la côte à 180 nautiques. Puis navigation au sextant par les deux NAVs (ALVI et PHILIPPE). Bon entraînement assez rare depuis les traversées des P2V7 pour les campagnes du Pacifique pour le lancement des « bombinettes atomiques ».
Quelques heures après point Radar à 180 nautiques avant d’arriver à LAGES, secteur avant 30°. Erreur de navigation sur toute la traversée de l'Atlantique au sextant de 25 nautiques seulement. Bravo les NAVs, à l’époque le GPS c’était les Navs.
Enfin le 26 décembre ; dernier transit vers Nîmes-Garons 5.5 heures de vol sans problème, mais content d'assurer le nouvel an en famille.
Mission fatigante et superbe aventure de VE, première mission opérationnelle réussie avec les félicitations du CSG* de KOUROU.
(CSG* = Centre Spatial Guyanais).


- Bravo à l’équipage VE et à l'équipe de piste 22 F
- Photos du polack Jean-Luc
- Commentaires avec le concours de l'équipage de Loulou.

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