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Navigateurs Aériens et DENAEde l'Aéronautique Navale |
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1993Alain Quentric (1970-A) Le vol du tonneau Début juin 1993, l’équipage ATL2 Whisky Delta (WD) de la Flottille 23F, accompagné par un observateur, membre de l’état-major d’Alpatmar, allait participer au stage JMC (Joint Maritime Course) qui devait se dérouler au nord de l’Écosse. En raison de travaux sur la piste de la base de la RAF à Kinloss, les avions de patrouille maritime (Patmar) étrangers seraient stationnés sur une autre base de la RAF, à Machrianish, sur la côte ouest de l’Écosse, face à l’Irlande. Au programme du stage, une série de vols s’arrêtant le vendredi 18 juin au matin ainsi que, le 18 en soirée, un Social event : le dîner de clôture officiel du stage, réunissant les autorités, au mess, sur la base. Pour nous, équipage WD, le dernier vol était programmé le jeudi 17, dans la journée. Au lieu de rentrer à Lann-Bihoué le vendredi, dès le lendemain du dernier vol, Alpatmar avait accordé, exceptionnellement, une journée et une nuit supplémentaire sur place afin de permettre à son adjoint d’assister au dîner de clôture. Coup de chance, cela permettait ainsi à l’équipage de participer à un autre événement traditionnel en fin d’exercice Otan, le pot de l’amitié réunissant les équipages participants, pot où chacun apporte les spécialités de son pays. A Machrianish, les vols se sont enchaînés à un bon rythme, souvent de nuit. Le jeudi 17, au parking après notre dernière mission, l’observateur d’Alpatmar se montrait très satisfait du déroulement du stage, de l’ATL2, opérationnel depuis peu, et du fonctionnement de l’équipage comme de l’équipe technique. Pour fêter cela, et la journée de repos du lendemain, nous décidons de nous retrouver tous le soir, au Pub de l’hôtel, autour de quelques pintes de Lager ou de Stout puis de partager, à table, un plat de hagiss, le plat traditionnel écossais, à base d’abats de mouton. Le lendemain, vendredi 18, en petits groupes, nous visitons Campbeltown et ses environs : les distilleries de whisky du centre ville, le port de pêche tout à côté, le Mull of Kintyre à quelques kilomètres, et un peu plus loin, la côte sauvage avec ses troupeaux de phoques endormis sur les rochers et des lochs bordés de châteaux forts en ruines. Des souvenirs inoubliables.
Le soir nous nous retrouvons à notre hôtel avec les équipages étrangers voisins : allemands, hollandais, italiens et norvégiens venus avec leurs provisions. Notre tonneau, vite à sec, fut rapidement oublié, un peu à l’écart de la fête. A la fin de la soirée, les équipages des Bréguet Atlantic allemands et italiens s’étaient mis d’accord pour essayer de convaincre leur Commandement d’acheter des ATL2 … à condition qu’un centre d’entraînement et de simulation, commun à toutes les nations, soit créé… au soleil de Sicile ! Arriva le moment de libérer la salle, et là, mystère... « Où est passé notre tonneau ? ». Rien à faire, il avait disparu… Inquiétude du responsable de notre caisse noire équipage... Nous avons cru à une mauvaise blague . Le lendemain matin, nous apprenions, juste avant notre décollage pour Lann-Bihoué, qu’il s’agissait d’une tradition de la Patmar norvégienne! Une délégation de l’équipage viking nous expliqua alors que ce tonneau était désormais leur trophée. Ils allaient l’embarquer pour Andoya et il l’emporteraient avec eux dans toutes leurs missions à travers le monde. « Ah, les brigands ! » Pas de chance pour nous, notre équipage allait être dissous dans les semaines suivantes. Deux mois plus tard, en août 1993, WD était effectivement dissous et ses membres dispersés dans d’autres équipages ou d’autres affectations. Et cela tomba dans l’oubli, jusqu’au jour du printemps 1999 où un P3C norvégien arriva à la 23F, avec à son bord... le tonneau ! Notre tonneau était accompagné d’un encadrement présentant la carte de ses périples, illustrée avec des photographies le présentant à Machrianish, à Andoya et à ses escales autour du monde.
A l’issue d’un café servi à la 23F et d’un échange de souvenirs, d’écussons et de pins entre équipages nous avons constaté que rien ne manquait dans la salle. Même pas une petite cuiller ! Dommage, nous aurions bien voulu aller la revoler à Andoya ! Marc Henrion Je complète l'histoire du tonneau. En juin 94 après la mésaventure du tonneau de WD, XB (cda LV Marhieu, Tacco LV Sevelec) à fait une mission à Andoya. J'en étais. Nous devions reprendre le tonneau. Il était introuvable. A defaut de tonneau, nos techniciens se sont emparés d'une maquette en bois d'un missile suspendue dans la salle de tradition. Le commando l'a rapidement mise a l'abri dans l'ATL2. Je crois qu'elle a était rapportée à LBH en otage. Je ne connais pas la suite. Serge Goutal-Boulanger (1985-C) Un ATL1 sert de décor au restaurant de l'aéroport de GenèveAu début des années 90, l'aéroport de Genève décide de rénover son espace de restauration. L'architecte Manuel Martin a une idée originale, amener un avion au sein du restaurant. Le choix se porte sur le Bréguet Atlantic. Les ATL1 n°47 et 27sont acheminés en 5 convois routiers exceptionnels de Nîmes-Garons jusqu'à l'aérogare de Genève pour la création de 4 zones de restaurant (Canonica). Équipage VH est invité le 21octobre 1993 avec comme parrain Buzz Aldrin lors de l'inauguration. Le ralliement de VH au départ de Nimes s'est fait par voie ferroviaire. En effet, es avions d'armes sont interdits sur la plate-forme aéroportuaire de Genève.
Un appareil de l’Aéronavale française pour décorer un restaurant d’Helvétie.
La 1ère étape : "Il faut tout d’abord identifier l’avion, le découvrir et, enfin, le mettre en place. Un programme digne d’un projet fou … Nous découvrons cet appareil, un Breguet Atlantic", à la base de Nîmes-Garons où il est encore utilisé pour des missions de surveillance et de chasse aux sous-marins." La 2ème étape, c’est le transport de Nîmes à Genève : "En fait il nous faut 2 appareils, les Br.1150 no.27 et no.47, qui sont dépecés et amenés à Cointrin. Il ne faut pas moins de 5 convois routiers exceptionnels. Des grues spéciales sont nécessaires pour hisser les carlingues et les introduire par le toit à l’intérieur des bâtiments. Un appareil de 56m est ainsi reconstitué et c’est aujourd’hui toute une tranche de la vie de l’Aéronavale française qui revit, non plus dans le ciel méditerranéen, mais bien dans les restaurants Canonica SA." Des parties d’avion, tout en simulant son volume global, distribuées dans les restaurants
L’aérogare a changé d’aspect, toute la partie abritant les restaurants se présente d’une manière totalement différente, correspondant mieux aux exigences de la clientèle actuelle. Pour M.Martin, le défi est relevé et il est convaincu que : "l’on peut faire quelque chose à Genève sortant de l’ordinaire ! Etant genevois, je suis heureux d’avoir pu signer cette réalisation ici. J’ai des mandats dans le monde entier, mais je suis fier d’avoir réussi ce que certains appelleraient "une fantaisie" au sein de notre aéroport." … "Du travail, il y en eut même beaucoup !" Cependant, malgré toutes les contraintes techniques et une bonne part d’improvisation pour pallier les imprévus, les délais ont été respectés." Le 19 octobre 1993, les nouveaux restaurants sont inaugurés en présence d’une importante délégation de l’Aéronavale française venue de Nîmes, de l’astronaute Buzz Aldrin et son épouse, ainsi que de très nombreuses personnalités romandes. Manuel Martin a osé changer les habitudes et offrir un nouveau concept de restauration pour un public de 7 à 77 ans ! C’est alors réellement un redécollage en beauté pour les Restaurants Canonica SA, selon leurs mots, qui ont rapidement atteint de nouvelles altitudes de croisière. Pas de 3ème vie pour le Bréguet 1150 ? Sauf chez les collectionneurs ?
Si l’on ne veut pas voire disparaître un avion qui a déjà vécu deux fois, d’abord 27 ans au-dessus de la mer, puis enchanté des milliers d’enfants dans les dernières 14 années, il ne reste plus que les collectionneurs ou les musées pour récupérer ce qui pourra être sauvé et offrir une 3ème vie au Bréguet "Atlantic".
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